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CHAPITRE 3
L'HOMME ET LA MÉTHODE D'ÉVOLUTION

Activité de la Vie; Mémoire et Croissance de l'Âme

Jusqu'à présent, notre étude des sept Mondes ou des sept états de la matière nous a montré que chacun d'eux remplit un but déterminé dans l'économie de la nature et que Dieu, le Grand Esprit, en Qui, en vérité, "nous avons la vie, le mouvement et l'être" (Actes 17:28), est le Pouvoir qui pénètre et maintient, avec Sa Vie, tout l'Univers; mais tandis que cette Vie est versée et demeure dans chaque atome des six Mondes inférieurs et dans tout ce qu'ils contiennent, dans le Septième, le Monde le plus élevé, le Dieu Trinitaire, seul, EST.

Le royaume le plus élevé après celui-là, le sixième, est le Monde des Esprits Vierges. C'est là que ces étincelles de la divine "Flamme" demeurent, avant d'entreprendre leur long pèlerinage, dans les cinq Mondes plus denses, afin de développer leurs pouvoirs latents en pouvoirs dynamiques. Comme la semence manifeste son pouvoir caché après avoir été enfouie dans la terre, ainsi, dans l'avenir, quand ces esprits vierges auront passé à travers la matière (l'école de l'expérience), ils deviendront eux-mêmes des "Flammes" divines, capables d'émaner de leur être des univers.

Les cinq Mondes constituent le champ d'évolution de l'homme, et les trois Mondes les plus denses ou inférieurs sont la scène de la phase actuelle de son développement. Nous allons maintenant le

PAGE 96 Tableau 5. La Constitution septuple de l'homme

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considérer dans ses relations avec les cinq Mondes par l'intermédiaire de ses véhicules appropriés, sans oublier que deux de ces Mondes comportent chacun deux grandes régions et que l'homme possède un véhicule pour chacune de ces régions.

A l'état de veille, tous ces véhicules s'interpénètrent, comme le sang, la lymphe et les autres fluides du corps se pénètrent naturellement. Grâce à ces véhicules, l'Ego est capable d'agir dans le Monde Physique.

En tant qu'Egos, nous fonctionnons directement dans la fine substance de la Région de la Pensée Abstraite que nous avons spécialisée dans les limites de notre aura individuelle. De là, nous examinons les impressions faites par le monde extérieur sur le corps vital par l'action des sens, et aussi les sentiments et les émotions qu'elles causent dans le corps du désir et qui sont reflétés dans l'intellect.

De ces images mentales nous formons nos conclusions, dans la Région de la Pensée Abstraite, sur les sujets auxquels elles se rapportent. Ces conclusions sont des idées. Par le pouvoir de la volonté nous projetons une idée dans l'intellect où elle se concrétise en une forme-pensée qui attire à elle la substance mentale de la Région de la Pensée Concrète.

L'intellect est comme la lentille d'un appareil de projection. Il dirige l'image dans l'une des trois directions suivantes au gré de la volonté du penseur qui anime la forme-pensée.

1. - Cette image peut être projetée contre le corps du désir, dans un effort fait pour éveiller le sentiment qui provoquera une action immédiate

a) Si la pensée éveille l'Intérêt, elle éveillera également l'une des deux forces d'Attraction ou de Répulsion.

Si la force centripète d'Attraction a été éveillée, elle saisit la pensée, la projette dans le corps du désir, donne à l'image une vie accrue et la revêt de substance-désir. La pensée devient alors capable d'agir sur le cerveau éthérique et de faire passer la force vitale à travers les centres du cerveau et les nerfs appropriés jusqu'aux muscles qui accomplissent l'action nécessaire.

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C'est ainsi qu'est dépensée la force spirituelle contenue dans la pensée et l'image reste dans l'éther du corps vital comme mémoire de l'acte et du sentiment qui lui a donné naissance.

b) Si la force centrifuge de Répulsion a été éveillée par la forme-pensée, il y aura lutte entre la force spirituelle (la volonté de l'homme) qui se trouve dans la forme-pensée et le corps du désir. C'est le combat entre la conscience et le désir, entre la nature supérieure et la nature inférieure. La force spirituelle, contre toute résistance, cherchera à revêtir la forme-pensée de la substance-désir nécessaire pour contrôler le cerveau et les muscles. La force de Répulsion tentera de disperser les matériaux appropriés et de rejeter la pensée. Si l'énergie spirituelle est puissante, elle peut se creuser un chemin jusqu'aux centres du cerveau, maintenir son enveloppe de substance-désir pendant qu'elle contrôle la force vitale, et forcer ainsi l'homme à agir; elle laissera alors dans la mémoire une vive impression de lutte et de victoire. Si l'énergie spirituelle est épuisée avant que l'action ne se soit produite, la forme-pensée sera dominée par la force de Répulsion et sera emmagasinée dans la mémoire comme l'est toute forme-pensée qui a dépensé son énergie.

c) Si la forme-pensée est reçue avec le sentiment anémiant de l'Indifférence, il dépend de l'énergie spirituelle qu'elle contient de pousser l'homme à l'action ou de laisser seulement une faible impression sur l'éther réflecteur du corps vital après que son énergie cinétique a été épuisée.

2. - Quand les images mentales qui proviennent des impressions extérieures ne nécessitent pas d'action immédiate, ces images peuvent être projetées directement sur l'éther réflecteur en même temps que les pensées qu'elles font surgir, pour être utilisées ultérieurement. L'esprit qui travaille par l'intermédiaire de l'intellect a un accès immédiat aux réserves de la mémoire consciente, et il peut, à quelque moment que ce soit, ranimer toute image qui s'y trouve, lui communiquer une nouvelle force spirituelle et la projeter sur le corps du désir pour forcer le corps dense à agir. Chaque fois qu'une image est ainsi traitée, elle gagnera en vivacité, en force et en efficacité, et entraînera l'homme à l'action, plus facilement

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qu'au début, parce qu'elle se creuse un chemin et produit le phénomène de "l'extension" ou du "développement" de la pensée, par répétition.

3. - Enfin, le penseur peut projeter la forme-pensée vers un autre intellect pour servir de suggestion, pour transmettre une information etc., comme dans la transmission de pensée; ou bien elle peut être dirigée contre le corps du désir d'une autre personne pour la pousser à l'action, comme dans le cas où l'hypnotiseur influence sa victime à distance. La forme-pensée ainsi projetée agira sur sa victime exactement de la même manière que sa propre pensée. Si elle est conforme à ses tendances personnelles, elle agira comme il a été dit au paragraphe 1a); dans le cas contraire, elle agira comme il est dit aux paragraphes 1b) ou 1c).

Quand le travail assigné à une forme-pensée ainsi projetée est accompli ou lorsque son énergie a été dépensée en vains efforts pour arriver à son but, elle retourne à son créateur portant avec elle la marque ineffaçable du voyage. Son succès ou son échec est imprimé sur les atomes négatifs de l'éther réflecteur du corps vital de son créateur, où elle forme cette partie des archives de la vie et des actions du penseur qu'on appelle parfois l'intellect subconscient.

Cette empreinte est beaucoup plus importante que la mémoire à laquelle nous avons consciemment accès, car celle-ci est faite de perceptions sensorielles imparfaites et souvent illusoires; elle est la mémoire volontaire ou l'intellect conscient.

La mémoire involontaire ou l'intellect subconscient se forme d'une manière différente, tout à fait en dehors de notre contrôle, à l'époque actuelle. L'éther apporte à la plaque sensible dans la chambre noire une impression exacte du paysage qui lui fait face et saisit les plus petits détails, qu'ils aient été notés ou non par le photographe; de même, l'éther que contient l'air que nous respirons porte en lui une image fidèle et détaillée de tout ce qui nous environne, non seulement des choses matérielles, mais aussi des conditions telles qu'elles existent à chaque instant dans notre aura. Les pensées, les émotions, les sentiments les plus insignifiants sont transmis aux poumons qui les font passer dans le sang.

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Le sang est un des produits supérieurs du corps vital, puisqu'il porte la nourriture à toutes les parties du corps et qu'il est le véhicule direct de l'Ego. Les images qu'il contient sont imprimées sur les atomes négatifs du corps vital; elles serviront d'arbitres de la destinée de l'homme, dans l'état qui suit immédiatement la mort.

La mémoire consciente et la mémoire sub-consciente, se rapportent entièrement aux expériences de la vie présente. Elles résultent des impressions faites par les évènements sur le corps vital. Ces impressions peuvent être changées ou même effacées, comme nous l'expliquons quelques pages plus loin au sujet de la rémission des péchés; ce changement ou cette suppression dépendent de l'élimination de ces impressions de l'éther du corps vital.

Nous avons, de plus, une mémoire superconsciente. Elle est le réceptacle de toutes les facultés et de toutes les connaissances acquises dans les vies passées; facultés et connaissances qui peuvent n'être, toutefois, qu'à l'état latent dans l'incarnation présente. Le tout est gravé d'une manière ineffaçable sur l'esprit de vie et c'est dans le "caractère", ou la "conscience" que s'en fait partiellement et ordinairement la manifestation, en animant nos formes-pensées, quelquefois en nous conseillant, parfois aussi en nous poussant à l'action avec une force irrésistible, même contrairement à notre raison et à nos désirs.

Chez beaucoup de femmes, dont le corps vital est positif, et chez des individus avancés de l'un ou l'autre sexe dont le corps vital a été rendu sensitif par une vie pure et sainte, par la prière et par la concentration, il arrive que cette mémoire superconsciente, inhérente à l'esprit de vie, n'est pas, jusqu'à un certain point, obligée de se vêtir de substance intellect et de matière-désir pour pousser l'individu à l'action. Elle n'a pas toujours besoin de s'exposer à être soumise au raisonnement ou subjuguée par lui. Parfois, sous la forme d'intuition ou d'enseignement intérieur, elle s'imprime directement sur l'éther réflecteur du corps vital. Mieux nous apprenons à la reconnaître et à suivre ses commandements, plus souvent elle se fera entendre pour notre éternel profit.

Le corps du désir et l'intellect, par leur activité pendant les heures de veille, détruisent sans cesse le corps dense.

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Chaque pensée et chaque mouvement usent les tissus. D'un autre côté, le corps vital s'efforce fidèlement de rétablir l'harmonie et de restaurer ce que les autres véhicules ont détruit. Toutefois, il n'est pas capable de soutenir entièrement les attaques puissantes des impulsions et des pensées. Il perd graduellement du terrain, et un moment vient finalement où il cède. Ses "pointes" se contractent, pour ainsi dire. Le fluide vital cesse de passer en quantité suffisante le long des nerfs; le corps s'assoupit; l'Ego, gêné par cet assoupissement, est forcé de se retirer, entraînant avec lui le corps du désir. Ce retrait des véhicules supérieurs laisse le corps dense pénétré par le corps vital, dans l'état d'insensibilité que nous appelons sommeil.

Cependant, le sommeil n'est en aucune façon une condition d'inactivité, comme on le suppose souvent. s'il en était ainsi, le corps ne serait pas le matin, au moment du réveil dans une condition différente de celle où il se trouvait en s'endormant la nuit précédente; sa fatigue serait tout aussi grande. Au contraire, le sommeil est une période d'activité intense dont la valeur augmente en raison de son intensité, car il élimine les toxines qui résultent de la destruction des tissus par l'activité physique et mentale de la journée. Les tissus sont reconstruits et le rythme du corps est rétabli. Plus ce travail est complet, plus grand est le bénéfice qui résulte du sommeil.

Le Monde du Désir est un océan de sagesse et d'harmonie. C'est là que l'Ego emporte l'intellect et le corps du désir quand les véhicules inférieurs ont été abandonnés au sommeil Là, le premier soin de l'Ego est de restaurer le rythme et l'harmonie de l'intellect et du corps du désir. Ceci s'accomplit graduellement, à mesure que les vibrations harmonieuses du Monde du Désir pénètrent ces véhicules. Il y a, dans le Monde du Désir, une essence correspondant au fluide vital qui imprègne le corps dense, par l'intermédiaire du corps vital. Les véhicules supérieurs se saturent, pour ainsi dire, de cet élixir de vie. Quand ils sont fortifiés, ils commencent à travailler sur le corps vital, qui est resté avec le corps dense endormi. Alors le corps vital commence de nouveau à spécialiser l'énergie solaire, à reconstruire le corps dense, utilisant plus particulièrement l'éther chimique dans ce travail de restauration.

PAGE 102 Tableau 6. Esprit, Âme et Corps triples

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C'est cette activité des divers véhicules pendant le sommeil qui sert de base à l'activité du jour suivant. Sans elle, il n'y aurait point de réveil; car l'Ego avait été forcé d'abandonner ses véhicules rendus inutilisables par leur état de fatigue. Si le travail qui consiste à faire disparaître cette fatigue faisait défaut, le corps resterait endormi, comme cela arrive parfois dans la trance naturelle. C'est justement en raison de cette activité qui tend à restaurer l'harmonie, que le sommeil l'emporte sur le docteur et les médicaments pour préserver notre santé. Un simple repos n'est pas suffisant; seule le sommeil est efficace. C'est seulement quand les véhicules supérieurs sont dans le Monde du Désir qu'il y a un arrêt total de destruction et qu'un reflux de force restauratrice se produit. Il est vrai qu'au repos le corps vital n'est pas gêné dans son travail par la destruction des tissus causée par les mouvements du corps et par la tension des muscles, mais il a cependant à lutter contre la destruction d'énergie causée par la pensée, et il ne reçoit pas non plus la force restauratrice extérieure du corps du désir, comme pendant le sommeil.

Il arrive toutefois que, dans certains cas, le corps du désir ne se retire pas complètement, en sorte qu'une partie reste en liaison avec le corps vital, véhicule de perception sensorielle et de mémoire. Il en résulte que le travail de restauration ne s'accomplit qu'imparfaitement et que les scènes et les actions du monde du désir parviennent jusqu'à la conscience physique sous forme de rêves. Bien entendu, la plupart des rêves sont confus, car notre perception est alors désaxée à cause de la liaison incorrecte d'un véhicule avec l'autre. La mémoire elle-même devient confuse, à cause de cette relation impropre des véhicules. Le sommeil accompagné de rêves est agité, et le corps se sent fatigué au réveil.

Pendant la vie, l'esprit triple, l'Ego travaille dans et sur le véhicule triple, auquel le relie le lien de l'intellect. Le résultat de ce travail amène la formation de l'âme triple qui est le produit spiritualisé des véhicules.

De même qu'une nourriture appropriée nourrit matériellement le corps, de même l'activité de l'esprit dans le corps dense, qui se traduit par une manière d'agir correcte, produit la croissance de l'Ame Consciente. De même que l'énergie solaire passe dans le corps vital et le nourrit, pour qu'il

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puisse agir sur le corps dense, de même la mémoire des actions accomplies par le corps physique - les désirs, les sentiments et les émotions du corps du désir, les pensées et les idées de l'intellect - cause la croissance de l'Ame Intellectuelle. De la même manière, les désirs et les émotions les plus élevés du corps du désir servent à former l'Ame Emotionnelle.

Cette âme triple, à son tour, exalte la conscience de l'esprit triple.

L'Âme Emotionnelle, quintessence du corps du désir ajoute à l'efficacité de l'Esprit Humain qui est la contrepartie spirituelle du corps du désir.

L'Âme Intellectuelle ajoute au pouvoir de l'Esprit de Vie, parce qu'elle est extraite du corps vital qui est la contrepartie matérielle de l'Esprit de Vie.

L'Âme Consciente augmente la conscience de l'Esprit Divin, parce qu'elle est l'essence du corps dense qui, lui, est le reflet de l'Esprit Divin.

Mort et Purgatoire

Ainsi, l'homme édifie et sème jusqu'à l'heure de la mort. Alors le temps des semailles et les périodes de développement et de maturité sont passés. Le jour de la récolte est arrivé quand passe le spectre décharné de la Mort avec sa faux et son sablier. Ce symbole est particulièrement juste. Le squelette représente la partie du corps qui est relativement permanente. La faux rappelle que cette partie permanente, qui est sur le point d'être moissonnée par l'esprit, est la récolte de la vie qui va finir. Le sablier dans la main de la Mort indique que l'heure ne sonne pas avant que la destinée ait été complètement accomplie, selon des lois invariables. Quand l'heure vient, la séparation des véhicules a lieu. Il n'est pas nécessaire que l'homme conserve son corps dense, puisque sa vie dans le Monde Physique est terminée. Le corps vital, qui, comme nous l'avons expliqué, appartient au Monde Physique se retire du corps dense par la tête et le laisse inanimé.

On peut voir les véhicules supérieurs - le corps vital, le corps du désir et l'intellect - quitter le corps avec un mouvement en spirale, emportant avec eux l'âme d'un atome physique. Pas l'atome physique lui-même, mais l'énergie dont il était le champ d'action. Les résultats des expériences éprouvées dans le

PAGE 105 Figure 3a. La Corde d'argent - schéma général

PAGE 106 Figure 3b. La Corde d'argent - schéma de la partie double

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corps dense pendant la vie qui vient de finir ont été gravés sur cet atome spécial. Tandis que les autres atomes du corps dense ont été renouvelés de temps à autre, cet atome est resté stable, non seulement pendant une vie, mais il a fait partie de tous les corps denses dont l'Ego s'est servi. Il est extrait au moment de la mort pour n'entrer de nouveau en activité qu'à l'aube d'une autre vie physique, et servir encore de noyau au nouveau corps dense que l'Ego va utiliser. Pour cette raison, on l'appelle "Atome-Germe". Pendant la vie, l'atome-germe est situé dans le ventricule gauche du coeur près de la pointe. Au moment de la mort, il remonte jusqu'au cerveau par le nerf pneumogastrique et, avec les véhicules supérieurs, il abandonne le corps dense, par les sutures entre le pariétal et l'occipital.

Quand les véhicules supérieurs ont quitté le corps dense, ils sont encore reliés à lui par une corde mince, brillante, argentée, ayant une forme analogue à deux six, l'un droit et l'autre renversé, réunis par l'extrémité de leurs boucles. (voir Figure 3b et aussi note de la page 16).

Une des extrémités est attachée au coeur par l'atome-germe, et c'est la rupture de l'atome-germe qui cause l'arrêt du coeur. La corde elle-même n'est pas brisée avant que le panorama de la vie, contenu dans le corps vital, n'ait été passé en revue.

On devrait prendre soin de ne pas incinérer le corps ou de ne pas l'embaumer dans les trois jours qui suivent la mort, car, aussi longtemps que le corps vital se trouve avec les véhicules supérieurs, et que ceux-ci sont encore reliés au corps dense par la corde d'argent, toute dissection ou toute autre atteinte faite au corps dense sera dans une certaine mesure ressentie par le défunt.

La crémation devrait être particulièrement évitée pendant les trois premiers jours après la mort, parce qu'elle tend à causer la désintégration du corps vital, qui devrait être conservé intact jusqu'à ce que le panorama de la vie passée ait été gravé sur le corps du désir.

La corde d'argent se brise au point où les six sont réunis; une moitié reste avec le corps dense et

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l'autre avec les véhicules supérieurs. A partir du moment où la corde se brise, le corps est complètement mort.

Au début de l'année 1906, le Dr Mac Dougall fit une série d'expériences à l'Hôpital Général de l'Etat de Massachusetts pour déterminer autant que possible si quelque chose ordinairement invisible abandonnait le corps au moment de la mort. Pour cela, il construisit des balances capables d'enregistrer une différence de poids très petite.

Le mourant et son lit étaient placés sur une des plates-formes de la balance, que l'on équilibrait par des poids placés sur la plate-forme opposée. Dans chaque cas, il observa qu'au moment précis où le mourant poussait le dernier soupir, la plate-forme qui contenait les poids s'abaissait avec une soudaineté frappante, soulevant le lit et le corps, et montrant par cela même que quelque chose d'invisible, mais non pas impondérable, avait quitté le corps. Immédiatement tous les journaux du pays annoncèrent en gros caractères que le Dr Mac Dougall avait "pesé l'âme".

Les occultistes accueillent avec joie les découvertes de la science moderne, puisqu'elles corroborent invariablement ce que la science occulte enseigne depuis longtemps. Les expériences du Dr Mac Dougall prouvèrent d'une manière définitive que quelque chose d'invisible pour la vue ordinaire quitte le corps au moment de la mort, comme les clairvoyants expérimentés l'avaient vu et comme on l'avait affirmé dans des conférences et dans la littérature occulte, bien des années avant la découverte du Dr Mac Dougall.

Mais cet invisible "quelque chose" n'est pas l'âme. Les journalistes avaient conclu trop rapidement que les savants avaient "pesé l'âme". L'âme appartient aux royaumes supérieurs et ne sera jamais pesée sur des balances matérielles, enregistreraient-elles des variations d'un millième de milligramme.

Ce que les hommes de science avaient pesé était le corps vital, formé de quatre éthers qui appartiennent au Monde Physique.

Comme nous l'avons vu, une certaine partie de cet éther est "superposé" à l'éther qui enveloppe les particules du corps humain et s'y trouve confinée pendant la vie physique, augmentant légèrement le

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poids du corps dense des plantes, des animaux et de l'homme. Au moment de la mort, cet éther s'échappe; de là la diminution de poids constatée par le Dr Mac Dougall, quand les personnes sur lesquelles il fit ses expériences rendirent le dernier soupir.

Il pesa également des animaux dans les mêmes conditions. Il ne put trouver de diminution de poids dans ce cas, bien qu'un des animaux fût un chien Saint-Bernard de forte taille. On en tira la conclusion que les animaux n'ont point d'âme. Cependant, un peu plus tard, le Pr La V. Twining, chef de la Section des Sciences à l'Ecole Polytechnique de Los Angeles, Californie, fit des expériences sur des souris et de jeunes chats qu'il enferma dans des flacons de verre hermétiquement scellés. Il se servit des balances les plus délicates qu'il put trouver et les enferma dans une cage de verre dont toute l'humidité avait été éliminée. Il trouva que tous les animaux examinés perdaient du poids au moment de la mort. Une souris de bonne taille, pesant 128 gr 86 perdit soudainement 3 milligrammes 1:10 au moment de sa mort.

Un jeune chat qui servit pour une autre expérience perdit 100 milligrammes en mourant, et en poussant son dernier soupir perdit soudainement 60 milligrammes de plus. Après cela son poids diminua lentement à cause de l'évaporation.

Ainsi, ce que la science occulte enseigne au sujet de la possession d'un corps vital pour chaque animal fut également corroboré quand des balances suffisamment sensibles furent employées, et le cas où la balance plutôt insensible ne montra pas de diminution dans le poids du Saint-Bernard montre que le corps vital des animaux est proportionnellement plus léger que celui de l'homme.

L'instant où la "corde d'argent" est déliée dans le coeur et où l'homme est délivré de son corps dense est de la plus grande importance pour l'Ego. On ne saurait trop faire pénétrer dans l'esprit des parents d'un mourant que c'est commettre un véritable crime envers l'âme qui s'éloigne que d'exprimer sa douleur et ses lamentations d'une manière bruyante, car elle est, à ce moment précis, occupée par un

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sujet d'une importance suprême, et la valeur de la vie passée dépend, en grande partie, du degré d'attention que l'âme peut apporter à ce sujet. Nous donnerons de plus amples éclaircissements sur ce point quand nous décrirons la vie de l'homme dans le Monde du Désir.

C'est aussi commettre un crime envers les mourants que de leur administrer des stimulants. Ceux-ci ont pour effet de forcer les véhicules supérieurs à revenir brutalement dans le corps dense causant un choc pénible au mourant. Ce n'est pas une torture de se libérer du corps, mais c'en est une d'y être ramené de force pour endurer de nouvelles souffrances. Certaines personnes passées dans l'au-delà ont dit aux investigateurs qu'on les avait, de cette manière, empêchées de mourir pendant des heures et qu'elles avaient prié pour que leurs parents veuillent bien cesser leurs efforts bienveillants, mais mal dirigés, et qu'ils les laissent mourir.

Quand l'homme est libéré du corps dense qui était la plus lourde entrave à son pouvoir spirituel (comme l'étaient les mitaines épaisses aux mains du musicien d'un de nos précédents exemples), il recouvre ce pouvoir dans une certaine mesure et peut alors lire les images qui se trouvent enregistrées au pôle négatif de l'éther réflecteur de son corps vital, qui est le siège de la mémoire sub-consciente.

L'ensemble de sa vie repasse devant lui comme un panorama, mais les évènements se présentent en ordre inverse. Les incidents des journées qui ont immédiatement précédé la mort viennent les premiers et ainsi de suite à rebours à travers les années de l'âge mûr, jusqu'à celles de l'adolescence et de l'enfance. Tout est rappelé à la mémoire.

L'homme contemple en simple spectateur le panorama de sa vie passée. Il voit des images à mesure qu'elles se présentent, et celles-ci s'impriment sur ses véhicules supérieurs; mais, à ce moment, il n'éprouve aucun sentiment à leur égard. Cela est réservé pour le moment où il entrera dans le Monde du Désir, qui est le monde des sentiments et des émotions. A présent, il est seulement dans la Région Ethérique du Monde Physique.

Ce panorama dure de quelques heures à plusieurs jours, selon le nombre d'heures pendant lequel l'homme serait susceptible de se maintenir éveillé, si cela était nécessaire. Pour certaines personnes, ce temps n'excède pas douze heures; mais tant que l'homme peut rester éveillé le panorama se déroule.

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Cette phase de la vie après la mort est analogue à celle par laquelle passe un homme qui se noie ou qui tombe d'une certaine hauteur. Dans ce cas, le corps vital abandonne aussi le corps dense et l'homme voit passer sa vie comme dans un éclair, parce qu'il perd conscience immédiatement. Bien entendu, la "corde d'argent" n'est pas brisée, autrement il ne pourrait être rappelé à la vie.

Quand le corps vital a atteint sa limite d'endurance, il s'affaisse, comme nous l'avons décrit en considérant le phénomène du sommeil. Pendant la vie physique, alors que l'Ego contrôle ses véhicules, cet affaissement marque la fin des heures de veille; après la mort, l'affaissement du corps vital marque la fin du panorama et force l'homme à se retirer dans le Monde du Désir. La corde d'argent se rompt au point où les six sont réunis (voir figure 3b.) et une division semblable à celle du sommeil s'établit, mais avec cette différence importante que, alors que le corps vital retourne au corps dense, il ne le pénètre plus maintenant, mais demeure simplement au-dessus de lui. Il flotte au-dessus de la tombe et se désintègre en même temps que le corps dense. Aussi, pour un clairvoyant, un cimetière est-il un spectacle repoussant et s'il pouvait être vu de plus de monde, la méthode actuelle si insalubre de disposer des morts serait rapidement abandonnée pour celle plus rationnelle de la crémation, qui ramène les éléments à leur état primordial et supprime les sérieux inconvénients d'une lente décomposition.

Pour l'abandon du corps vital, le procédé est semblable à celui de l'abandon du corps dense. Les forces de vie d'un atome sont conservées pour servir de noyau au corps vital d'une nouvelle incarnation. Ainsi, à son entrée dans le Monde du désir, l'homme possède les atomes-germes du corps dense et du corps vital, en plus du corps du désir et de l'intellect.

Si le mourant pouvait abandonner tous ses désirs derrière lui, le corps du désir se séparerait de lui très rapidement et le laisserait libre de pénétrer dans le monde céleste; mais tel n'est pas généralement le cas. La plupart des hommes, et plus spécialement ceux qui meurent à la fleur de l'âge, ont beaucoup d'attaches et d'intérêts dans la vie terrestre. Leurs désirs n'ont pas changé, parce qu'ils ont perdu leur

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corps dense. A vrai dire, ils s'augmentent même souvent d'un désir intense de retour. Par ce désir, ils sont liés au Monde du Désir d'une manière très fâcheuse, quoique, malheureusement, ils ne s'en rendent pas compte. D'un autre côté, les personnes âgées, celles qui ont été affaiblies par une longue maladie et qui sont fatiguées de la vie, passent très rapidement dans l'au-delà.

Comme exemple, on peut citer la facilité avec laquelle le noyau se sépare d'un fruit mûr sans qu'une parcelle de la pulpe y reste attachée, tandis que dans le fruit encore vert il s'attache à la pulpe avec la plus grande ténacité. Aussi, est-il particulièrement pénible de mourir pour ceux qui sont séparés de leur corps par un accident, alors qu'ils sont en pleine possession de leur santé et de leur force physique, et que leurs activités physiques sont nombreuses et variées, qu'ils sont retenus par les liens du mariage, de la famille, des parents, des amis, par leurs affaires et leurs plaisirs.

Le suicidé qui cherche à s'évader de la vie, pour s'apercevoir trop tard, hélas! qu'il reste aussi conscient que jamais, est dans une condition pitoyable. Il est capable d'observer ceux qu'il a peut-être déshonorés par son acte et, pire que cela, il éprouve une sensation indescriptible de "vide intérieur". La partie de l'aura ovoïde où se trouvait auparavant le corps dense est maintenant vide et, quoique le corps du désir ait pris la forme du corps dense abandonné, il donne la sensation d'une coque vide, parce que l'archétype créateur du corps dans la Région de la Pensée Concrète persiste comme un moule creux, pour ainsi dire, aussi longtemps que le corps dense aurait dû naturellement vivre. Quand une personne meurt de mort naturelle, même dans la fleur de l'âge, l'activité de l'archétype cesse, et le corps du désir s'ajuste de façon à occuper tout l'ensemble de la forme; mais dans le cas du suicidé, cette affreuse sensation de "vide" persiste jusqu'au moment où, dans le cours naturel des évènements, la mort aurait eu lieu.

Tant que l'homme nourrit des désirs relatifs à la vie terrestre, il doit rester dans son corps du désir et, comme le progrès de l'individu demande qu'il passe dans les régions supérieures, l'existence du Monde

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du Désir doit nécessairement devenir "purgatoire", c'est-à-dire le purifier des désirs qui l'enchaînent. Quelques exemples typiques feront mieux comprendre comment ce but est atteint.

L'avare qui chérissait son or pendant la vie terrestre l'aime tout autant après la mort: mais tout d'abord il ne peut en acquérir davantage, parce qu'il n'a plus de corps dense pour le saisir et, pire que cela, il ne peut pas même garder celui qu'il a thésaurisé pendant sa vie. Il ira peut-être s'asseoir devant son coffre-fort pour couver de l'oeil son or bien-aimé et ses valeurs; mais les héritiers paraissent et, peut-être avec un sarcasme mordant à l'adresse du vieux "grippe-sou" (qu'ils ne voient pas, mais qui les voit et les entend), ouvrent son coffre et, bien qu'il puisse se jeter sur son or pour le protéger, passent leurs mains à travers lui, ne se doutant même pas qu'il est là et ne s'en souciant nullement, et commencent à dépenser son trésor, tandis qu'il souffre d'une rage impuissante.

Il souffrira cruellement et ses souffrances seront d'autant plus terribles qu'elles seront entièrement mentales, car la douleur physique, elle, s'émousse dans une certaine mesure. Dans le Monde du Désir, cependant, ces souffrances se manifestent dans toute leur intensité, et l'homme souffre jusqu'à ce qu'il ait appris que l'or peut être une malédiction. Ainsi il arrive graduellement à se contenter de son lot, et finalement est délivré de son corps du désir et est prêt à passer au delà.

Prenons encore le cas de l'ivrogne. Après sa mort, il aime tout autant qu'auparavant les boissons alcoolisées. Ce n'est pas le corps dense qui a une passion pour la boisson qui le rend malade, et il proteste en vain de diverses manières. Mais le corps du désir de l'ivrogne réclame la boisson et force le corps dense à l'absorber, afin que le véhicule supérieur puisse éprouver la sensation de plaisir produite par une grande intensité de vibration. Ce désir persiste après la mort du corps dense, mais l'ivrogne n'a, dans son corps du désir, ni bouche pour boire, ni estomac pour contenir le liquide matériel Il peut entrer et il entre dans des bars où il mêle son corps à celui des consommateurs pour éprouver, par induction, une partie des vibrations qu'ils ressentent; mais elles sont trop faibles pour lui donner une

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satisfaction suffisante. Il peut pénétrer, et parfois il pénètre à l'intérieur d'un baril de whisky; mais cela aussi est inutile, car il ne trouve pas là les vapeurs produites dans les organes digestifs d'un buveur invétéré. Le whisky n'as pas d'effet sur lui, et il se trouve dans la condition d'un homme placé dans une barque, au milieu de l'Océan. "Partout, partout de l'eau, mais pas une goutte à boire"; aussi souffre-t-il terriblement. Cependant, avec le temps, il apprend combien il lui est inutile de désirer la boisson qu'il ne peut obtenir. De même que pour tant de nos désirs pendant la vie terrestre, tous les désirs, dans le Monde du Désir meurent à cause du manque d'occasions de les satisfaire. Quand ce désir a été enfin vaincu, l'ivrogne, en ce qui concerne ce défaut particulier, a terminé son purgatoire.

Ainsi, nous pouvons voir que ce n'est pas une Divinité vengeresse qui nous condamne au purgatoire ou à l'enfer, mais bien nos mauvaises habitudes et nos mauvaises actions personnelles. La durée et l'intensité des souffrances causées par l'extirpation de nos vices se proportionnelle à l'intensité de nos désirs. Dans les cas mentionnés, l'ivrogne n'aurait pas souffert de perdre toutes ses possessions matérielles. S'il en avait, il ne s'y attachait pas. L'avare non plus n'aurait éprouvé aucune douleur d'être privé de boissons alcoolisées. On peut dire avec certitude qu'il eût été indifférent de ne pas avoir d'eau-de-vie. Mais il aimait son or, et l'ivrogne aimait sa boisson et en conséquence, la loi infaillible a donné à chacun d'eux ce qui était nécessaire pour le purifier de ses vils désirs et de ses habitudes perverses.

C'est cette loi que symbolise la faux de la Mort, loi qui veut que "ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi" (Galates 6:7). C'est la loi de cause à effet qui régit toute chose dans les trois Mondes et dans tout royaume de la nature physique, moral et mental. Partout son opération est inexorable; elle ajuste toutes choses et rétablit l'équilibre partout où une action, même la plus insignifiante, a amené une perturbation, ce que fait nécessairement toute action. Le résultat peut se manifester immédiatement ou peut être différé pendant des années ou des vies, mais quelque jour, à un

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endroit donné, une rétribution juste et égale sera exigée. L'étudiant devrait noter particulièrement que l'opération de cette loi est tout à fait impersonnelle. Il n'y a dans l'univers ni récompense, ni punition. Tout est le résultat de la loi immuable. Nous éluciderons plus complètement dans le prochain chapitre le mode d'action de cette loi que nous trouverons associée avec une autre Grande Loi du Cosmos qui gouverne aussi l'évolution de l'homme. La loi que nous considérons maintenant s'appelle la Loi de Conséquence.

Dans le Monde du Désir, elle opère en purifiant l'homme des plus vils désirs par la correction des faiblesses et des vices qui retardent son progrès, lui infligeant dans ce but la souffrance la mieux adaptée au résultat à obtenir. S'il a fait souffrir d'autres hommes ou s'il les a traités d'une manière injuste, il devra subir des souffrances identiques. Notons cependant que si une personne adonnée à des vices ou ayant mal agi envers son prochain a fini par surmonter ses vices, se repentir et réparer, dans la mesure du possible, le mal qu'elle a fait, ce repentir et cette réparation l'ont purifiée de ces vices particuliers et de ces mauvaises actions. L'équilibre est rétabli, la leçon a été apprise pendant cette incarnation et, par conséquent, elle ne sera pas cause de souffrances après la mort.

Dans le Monde du Désir, la vie est vécue à peu près trois fois plus rapidement que dans le Monde Physique. Un homme qui a vécu cinquante ans dans le Monde Physique, repasserait de nouveau les évènements de la même vie dans le Monde du Désir, en seize ans environ. Ceci n'est, bien entendu, qu'une moyenne générale. Pour certains, le séjour dans le Monde du Désir est beaucoup plus long que la durée de la vie physique. D'autres encore, qui ont entretenu peu de désirs grossiers pendant leur vie, passent à travers ce monde beaucoup plus rapidement; mais l'estimation donnée plus haut est à peu près correcte pour l'homme ordinaire de notre époque.

On se rappellera qu'au moment de la mort, l'homme voit sa vie repasser devant lui en une série d'images; mais à ce moment elles n'éveillent chez lui aucun sentiment.

Pendant son séjour dans le Monde du Désir, ce panorama se déroule aussi à rebours, comme précédemment; mais maintenant l'homme éprouve tous les sentiments qu'il lui est possible d'éprouver à mesure que les scènes passent une à une devant lui. Il vit à nouveau chaque incident de sa vie passée. Quand il arrive à une scène où il a blessé quelqu'un, il ressent la même douleur que la personne blessée a ressentie. Il endure tout le chagrin et toute la souffrance qu'il a causés aux autres, et il apprend à quel point est pénible la blessure, combien est dur à supporter le chagrin dont il fut la cause. De plus, comme nous l'avons mentionné déjà, la souffrance est d'autant plus aiguë qu'il n'a pas de corps dense pour atténuer la douleur. C'est peut-être pour cela que la rapidité de la vie est alors triplée, afin que la souffrance puisse perdre en durée ce qu'elle gagne en intensité. Les balances de la nature sont merveilleusement justes et correctes.

Une autre caractéristique spéciale à cette phase de l'existence après la mort est intimement liée au fait (déjà mentionné) que dans le Monde du Désir, la distance est presque complètement annihilée. Quand

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un homme meurt, il lui semble immédiatement que son corps vital s'enfle, qu'il augmente dans des proportions énormes. Cette sensation est due non pas au fait que le corps croît réellement, mais à celui que les facultés de perception reçoivent un très grand nombre d'impressions de diverses sources, qui toutes paraissent être très proches. Il en est de même du corps du désir. L'homme a la sensation d'être en présence de toutes les personnes avec lesquelles il avait eu sur terre des relations demandant une réparation. S'il a mal agi envers un habitant de San Francisco et envers un habitant de New York, il aura la sensation qu'une partie de son corps est dans chacune de ces villes. Cela lui donne l'étrange sensation d'être coupé en morceaux.

L'étudiant comprendra maintenant quelle est, durant l'existence au Purgatoire, l'importance du panorama de la vie passée lorsque sa contemplation provoque des sentiments définis. S'il a été de longue durée et si l'homme a été laissé à lui-même, la plénitude, la profondeur et la clarté de l'impression gravée sur le corps du désir rendront la vie dans le Monde du Désir plus réelle et plus consciente. La purification obtenue sera plus complète que si, en raison de la détresse causée par les éclats bruyants du chagrin des parents au lit de mort et pendant la période de trois jours mentionnée

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précédemment, l'homme n'enregistrait qu'une impression vague de sa vie passée. L'esprit qui dans son corps du désir possède un cliché clair et profond se rendra compte des erreurs de sa vie passée d'une manière beaucoup plus claire et définie que si les images avaient été rendues confuses, parce que l'attention de l'individu était alors détournée par les souffrances et la douleur de ceux qui l'entouraient. Les sentiments engendrés par les scènes qui causent ses souffrances actuelles dans le Monde du Désir seront beaucoup plus définis s'ils sont tirés d'une impression panoramique distincte qu'ils ne le seraient si la rétrospection avait été de courte durée.

La vivacité, la précision de ces sentiments sont d'une valeur énorme pour la vie future. Ils gravent sur l'atome-germe du corps du désir leur impression ineffaçable. Les expériences seront oubliées dans les vies suivantes, mais le Sentiment restera. Quand l'occasion s'offrira dans les vies futures de répéter une erreur, ce sentiment nous parlera d'une manière claire et décisive. C'est le "murmure doux et léger" (I Rois 19:12) qui nous avertit, sans que nous sachions pourquoi; mais plus les panoramas des vies passées ont été clairs et bien définis, plus nombreuses, plus fortes et plus fréquentes seront les suggestions de cette voix. Ainsi, nous voyons combien il est important de laisser, après la mort, dans un état de calme absolu, l'esprit qui s'éloigne. En agissant ainsi, nous l'aidons à retirer le plus grand bénéfice possible de la vie qui vient de finir et à éviter la répétition des mêmes erreurs dans ses vies futures, tandis que nos lamentations égoïstes et bruyantes peuvent le priver d'une grande partie de la valeur de la vie qui vient de se terminer.

Le but du Purgatoire est d'extirper les habitudes pernicieuses, en rendant leur satisfaction impossible. L'individu souffre exactement dans la mesure où il a fait souffrir les autres par sa malhonnêteté, sa cruauté, son intolérance ou tout autre vice. En raison de ses souffrances, il apprend à agir dans l'avenir avec bonté, honnêteté et indulgence envers autrui. L'homme apprend ainsi à pratiquer la vertu et à bien

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agir. Quand il naît à nouveau, il est affranchi d'habitudes perverses; tout au moins, chaque mauvaises action qu'il commet est laissée à son libre arbitre. La tendance à renouveler les mauvaises actions du passé persiste, car nous devons apprendre à bien agir consciemment et de notre gré. A l'occasion, ces tendances nous tentent et nous permettent ainsi de choisir la compassion et la vertu, au lieu du vice et de la cruauté. Mais pour nous indiquer la manière de bien agir et pour nous aider à résister aux pièges et aux ruses de la tentation, nous possédons le sentiment qui résulte de l'élimination des mauvaises habitudes et de l'expiation des mauvaises actions des vies passées. Si nous écoutons ce sentiment et si nous nous abstenons de la mauvaise action en question, nous cesserons d'êtres tentés. Nous nous serons débarrassés à tout jamais de la tentation. Si nous lui cédons, nous éprouverons une souffrance plus intense qu'auparavant, jusqu'à ce que, finalement, nous ayons appris à vivre suivant la Règle d'Or, car "la voie du transgresseur est rude" (Proverbes 13:15). Mais, même alors, nous n'avons pas atteint le but final. Faire du bien aux autres parce que nous désirons que les autres nous fassent du bien, est agir d'une manière essentiellement égoïste. Avec le temps, nous devons apprendre à faire le bien, quelle que soit la façon d'agir des autres à notre égard, le Christ l'a dit: "Nous devons aimer même nos ennemis" (Luc 6:35).

C'est un avantage inestimable que de connaître la méthode et l'objet de cette purification, parce que nous sommes alors mis à même de faire par anticipation notre purgatoire ici-bas et de réaliser ainsi des progrès beaucoup plus rapides qu'il ne serait possible autrement. Nous donnons un exercice dans la dernière partie de cet ouvrage qui a pour objet cette purification et qui, en même temps, aide au développement de la vue spirituelle. Il consiste à passer en revue les évènements de la journée après s'être retiré le soir dans sa chambre. Nous examinons chaque incident en ordre inverse, notant tout spécialement son aspect moral et considérant si nous avons bien ou mal agi dans chaque cas particulier

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en ce qui concerne nos actions, notre attitude mentale et nos habitudes. En nous jugeant ainsi jour après jour, en tâchant de corriger nos erreurs et nos mauvaises actions, nous diminuerons sérieusement ou nous pourrons peut-être même éliminer la nécessité d'un séjour au Purgatoire et serons alors capables de passer dans le Premier Ciel aussitôt après la mort. Si, de cette manière, nous surmontons consciemment nos faiblesses, nous faisons aussi un progrès très sensible dans l'école de l'évolution. Même si nous échouons dans la correction de nos actions, nous recevons un avantage énorme en nous jugeant nous-mêmes, car nous produisons ainsi une aspiration vers le bien qui, dans l'avenir, portera certainement des fruits, sous la forme de bonnes actions.

En révisant ainsi les évènements de la journée et en nous blâmant pour nos erreurs, nous ne devrions pas oublier d'approuver d'une manière impersonnelle le bien que nous avons pu faire et de nous décider à faire mieux encore. Nous exaltons ainsi en nous le sentiment du bien en l'approuvant, en même temps que nous abjurons le mal en le condamnant.

Le repentir et l'amendement sont aussi des facteurs puissants pour diminuer le séjour au Purgatoire, car la nature ne gaspille jamais ses efforts en opérations inutiles. Quand nous reconnaissons la perversité de certains actes ou de certaines habitudes de notre vie passée, et que nous nous déterminons à éliminer les habitudes et à réparer le mal commis, nous effaçons leur image de notre mémoire sub-consciente et elle ne sera plus là pour nous juger après la mort. Même s'il ne nous est pas possible de réparer le mal commis, la sincérité de notre regret suffira, la nature ne cherche pas à se venger. Notre victime pourra être indemnisée d'une autre manière.

L'homme qui se juge ainsi et élimine ses vices en réformant son caractère, accomplira un grand progrès, réservé d'ordinaire à des vies futures.

Cet exercice est très sérieusement recommandé; c'est peut-être l'enseignement le plus important du présent ouvrage.

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Région Limitrophe

Le Purgatoire comprend les trois Régions inférieures du Monde du Désir. Le Premier Ciel se trouve dans les trois Régions supérieures. La Région centrale est une sorte de Région limitrophe: ni ciel, ni enfer. Dans cette Région, nous trouvons des gens qui sont honnêtes et intègres, qui ne firent de tort à personne, mais qui complètement accaparés par les affaires, ne se sont jamais préoccupés de la vie supérieure. Le Monde du Désir est pour eux un état d'une monotonie indescriptible. Il n'y a pas "d'affaires" dans ce monde et, pour un homme d'affaires de cette sorte, il n'y a rien non plus qui puisse les remplacer. Il mène une existence très pénible jusqu'à ce qu'il ait appris à penser à des choses plus élevées que factures et grand livre. Les hommes qui ont médité sur les problèmes de l'existence et qui sont arrivés à la conclusion que "la mort termine tout", ceux qui ont nié l'existence de ce qui n'appartient pas au monde matériel des sens, tous sont ainsi plongés dans cette terrible monotonie. Ils s'attendaient à l'annihilation de leur conscience, au lieu de cela ils s'aperçoivent que leur faculté de percevoir les êtres et les choses qui les entourent a augmenté. Ils avaient été tellement accoutumés à nier ces choses avec véhémence qu'ils s'imaginent souvent que le Monde du Désir est une hallucination, et on peut les entendre fréquemment s'écrier dans le plus profond désespoir: "Quand donc cela finira-t-il?"

Ces personnes sont vraiment dans une situation lamentable. Elles ne peuvent généralement pas recevoir d'assistance et elles souffrent beaucoup plus longtemps que les autres. De plus, c'est à peine si elles séjournent dans le Monde Céleste où l'on enseigne à construire les corps qui serviront dans l'avenir; aussi, toutes leurs pensées cristallisantes sont-elles accumulées dans le corps qu'elles se construisent pour une vie future qui, de cette manière, reproduit cette tendance à la cristallisation, comme nous pouvons le noter dans les cas de tuberculose. Parfois, les souffrances qu'entraîne la possession de corps aussi maladifs tourneront les pensées des entités qui les animent vers Dieu; leur évolution pourra alors suivre son cours. C'est dans l'intellect matérialiste que se trouve le plus grand

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danger de perdre contact avec l'esprit. C'est pourquoi, les Frères Aînés se sont très sérieusement préoccupés pendant le siècle passé du sort du Monde Occidental et, sans leur activité bienfaisante et spéciale en sa faveur, nous aurions eu à subir un cataclysme social auprès duquel la Révolution Française n'aurait été qu'un jeu d'enfant. Le clairvoyant correctement développé peut voir que l'humanité a échappé de bien près à des désastres tels que des continents entiers auraient disparu dans l'Océan. Le lecteur trouvera un exposé plus développé et plus complet de la relation qu'il y a entre le matérialisme et les éruptions volcaniques au chapitre 18, dans lequel la liste donnée des éruptions du Vésuve paraît corroborer l'affirmation d'une telle relation, à moins qu'elle ne soit attribuée à la "coïncidence" comme le font d'habitude les sceptiques lorsqu'ils sont mis en face de faits et de chiffres qu'ils ne peuvent expliquer.

Le Premier Ciel

Quant le séjour au Purgatoire est terminé, l'esprit purifié passe au Premier Ciel, qui est situé dans les trois Régions supérieures du Monde du Désir. Là, le résultat des souffrances est incorporé à l'atome-germe du corps du désir et lui communique la qualité de droiture qui agit, dans l'avenir, en poussant l'individu au bien et en le détournant du mal. Ici le panorama de la vie passée se déroule de nouveau à rebours, mais cette fois ce sont les bonnes actions de la vie qui forment la base des sentiments. Quand nous contemplons des scènes pendant lesquelles nous avons aidé autrui, nous ressentons de nouveau toute la joie que nous avions alors éprouvée, et de plus, nous percevons toute la reconnaissance que nous a vouée celui qui a reçu notre aide.

Quand nous contemplons des scènes dans lesquelles nous fûmes aidés par les autres, nous éprouvons à nouveau toute la reconnaissance que nous avions alors pour notre bienfaiteur. Ainsi, nous voyons combien il est important de bien apprécier les faveurs dont nous sommes l'objet, car le sentiment de reconnaissance aide à la croissance de l'âme. Notre bonheur dans le Ciel dépend de la joie que nous avons donnés aux autres et de l'appréciation que nous avons montrée pour ce que les autres ont fait pour nous.

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Nous ne devrions jamais oublier que le pouvoir de donner n'est pas le privilège du riche. Donner de l'argent sans discernement peut être un mal. Il est bien de donner de l'argent pour une cause que nous jugeons recommandable, mais "servir" est mille fois préférable. Ainsi que le dit Whitman:

"Voyez! je ne donne pas de sermons ou une petite charité; quand je donne, je me donne moi-même."

Un regard bienveillant, l'expression de notre confiance, une aide sympathique et affectueuse sont des dons à la portée de tous. Nous devrions surtout nous efforcer d'aider les pauvres à s'aider eux-mêmes, au point de vue physique, pécuniaire, moral ou mental et à ne pas les amener à dépendre de nous ou des autres.

L'éthique du don de soi-même, avec, comme leçon spirituelle, l'effet qu'il a sur celui qui donne est admirablement décrit dans "La Vision de Sir Launfal" du poète Lowell. Le jeune et ambitieux chevalier Sir Launfal, revêtu d'une armure étincelante et monté sur un magnifique cheval de bataille, quitte son château pour se mettre à la recherche du Saint-Graal. Sur son bouclier luit la croix, symbole de la bonté et de la tendresse de Notre Seigneur; mais le coeur du chevalier est rempli d'orgueil et de mépris hautain pour les pauvres et les besogneux. Il rencontre un lépreux qui lui demande l'aumône; avec un regard dédaigneux il lui jette une pièce de monnaie, comme on jetterait un os à un chien affamé, mais:


The leper raised not the gold from the dust, (1)
"Better to me the poor man's crust,
Better the blessing of the poor,
Though I turn empty from his door.
That is no true alms which the hand can hold;
He gives only the worthless gold
Who gives from a sense of duty;
But he who gives from a slender mite,

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And gives to that which is out of sight
That thread of all-sustaining Beauty
Which runs through all and doth all unite,
The hand cannot clasp the whole of his alms,
The heart outstretches its eager palms,
For a god goes with it and makes it store
To the soul that was starving in darkness before.


(1) Le lépreux ne releva pas l'or de la poussière,
Mieux vaut pour moi la croûte du pauvre,
Mieux vaut pour moi sa bénédiction,
Bien que je parte de sa porte les mains vides.
L'aumône que la main peut tenir n'est pas la véritable aumône;
Celui qui donne par sentiment du devoir,
Ne donne qu'un métal sans valeur.
Mais celui qui partage son maigre avoir
Et qui donne à ce qui est invisible
- Ce fils de Beauté qui soutient tout,
Qui pénètre et unit tout -
Ne voit pas une main
Mais un coeur se tendre, avide, vers lui,
Car un dieu accompagne cette aumône et la rend abondante
Pour l'âme qui, auparavant, mourait de faim dans l'ombre.

A son retour, Sir Launfal trouve quelqu'un d'autre en possession de son château; on le chasse de l'entrée.

An old bent man,worn out and frail (2),
He came back from seeking the Holy Grail;
Little he recked of his earldom's loss,
No more on his surcoat was blazoned the cross,
But deep in his heart the sign he wore,
The badge of the suffering and the poor.


(2) Vieux, courbé, usé et faible
Il revient de sa recherche du Saint-Graal;
Il s'inquiète peu de la perte de son comté,
Sur son manteau la croix n'est plus blasonnée,
Mais au fond de son coeur il porte le signe,
La marque de reconnaissance des souffrants et des pauvres

De nouveau, il rencontre le lépreux qui renouvelle sa demande d'aumône. Cette fois la réponse est différente.

And Sir Launfal said: "I behold in thee (2)
An image of Him Who died on the tree;
Thou also has had thy crown of thorns,
Thou also hast had the world's buffets and scorns,
And to thy life were note denied
The wounds in the hands and feet and side;
Mild Mary's Son, acknowledge me;
Behold, through him I give to thee!"


(2) Et Sir Launfal dit: "Je vois en toi
L'image de Celui qui mourut sur la croix;
Toi aussi, tu as eu ta couronne d'épines,
Toi aussi, tu as essuyé les coups et les mépris du monde,
Et dans ta vie n'ont pas été épargnées
Les blessures aux mains, aux pieds et au côté;
Doux fils de Marie, reconnais-moi;
Vois, par lui c'est à Toi que je donne!"

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Un regard dans les yeux du lépreux ramène le souvenir et la reconnaissance, et


The heart within him was ashes and dust (1);
He parted in twain his single crust,
He broke the ice on the steamlet's brink,
And gave the leper to eat and drink.

(1) Son coeur dans sa poitrine était cendre et poussière;
Il partagea en deux son unique croûte,
Il brisa la glace au bord du ruisseau,
Et donna au lépreux à manger et à boire.

Une transformation s'accomplit:


The leper no longer crouched by his side (2),
But stood before him glorified,...
And the voice that was softer than silence said,
"Lo, it is I, be not afraid!
In many lands, without avail,
Thou hast spent thy life for the Holy Grail;
Behold, it is here! - This cup which thou
Did'st fill at the streamlet for me but now;
This crust is my body broken for thee,
This water the blood I shed on the tree;
The Holy Supper is kept, indeed,
In whatso we share with another's need;
Not what we give, but what we share -
For the gift without the giver is bare;
Who gives himself with his alms feeds three -
Himself, his hungering neighbor, and me."

(2) Le lépreux n'était plus accroupi à son côté,
Mais se tenait devant lui, glorifié,...
Et la Voix qui était plus douce que le silence dit:
"Vois, c'est Moi, ne sois point effrayé!
Dans bien des pays sans succès,
Tu as dépensé ta vie pour le Saint-Graal,
Vois, il est ici! Cette coupe que tu viens
De remplir pour moi au ruisseau,
Cette croûte est mon corps brisé pour toi,
Cette eau le sang que je versai sur la croix;
La Sainte Cène est célébrée vraiment
Dans tout ce que nous partageons pour les besoins d'un autre;
Ce n'est pas ce que nous donnons qui importe, mais ce que nous partageons,
Car le don, sans celui qui donne, est stérile.
Celui qui se donne avec son aumône nourrit trois personnes:
Lui-même, son prochain affamé et moi-même".


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Le Premier Ciel est un séjour de félicité sans aucune goutte d'amertume. L'esprit y est soustrait à l'influence des conditions matérielles terrestres et il assimile tout le bien contenu dans la vie passée, qu'il vit à nouveau. Là, toutes les aspirations élevées que l'homme nourrissait sont réalisées dans la plus large mesure. C'est un lieu de repos, et plus la vie a été pénible, plus l'homme jouira de ce repos. La maladie, le chagrin et la douleur y sont inconnus. C'est le "Summerland" (pays de l'éternel été, du bonheur) des Spirites. Les pensées des Chrétiens fervents y ont édifié la Nouvelle Jérusalem. De belles maisons, des fleurs, etc., sont le partage de ceux qui les ont désirées; ils les construisent eux-mêmes par la pensée avec la substance-désir; néanmoins, ces choses sont pour eux aussi réelles et tangibles que le sont pour nous nos maisons matérielles. Chacun obtient là les satisfactions qui lui ont manqué pendant la vie terrestre.

Une catégorie d'entités mène au Premier Ciel une existence particulièrement belle: ce sont les enfants. Si nous pouvions les voir, nous cesserions de nous lamenter. Quand un enfant meurt avant la naissance de son corps du désir (qui a lieu vers la quatorzième année) il ne dépasse par le Premier Ciel, parce qu'il n'est pas plus responsable de ses actions, qu'il n'est coupable avant sa naissance de la douleur qu'il cause à sa mère, en s'agitant dans son sein. Aussi l'enfant ne séjourne-t-il pas au Purgatoire. Ce qui n'est pas vivifié ne peut mourir; par suite, le corps du désir de l'enfant et aussi l'intellect persistent jusqu'à la prochaine naissance. C'est pour cette raison que de tels enfants se rappellent quelquefois leur incarnation précédente; nous en citerons un exemple ultérieurement.

Pour ces enfants, le Premier Ciel est une région d'attente qu'ils habitent de un à vingt ans, jusqu'à ce qu'une occasion s'offre pour une nouvelle incarnation. Cependant, c'est plus encore qu'une simple période d'attente, parce que beaucoup de progrès sont accomplis pendant ce séjour au Premier Ciel.

Quand un enfant meurt, il y a toujours quelque membre de sa famille qui l'attend, ou, à défaut, des personnes qui aimaient "à tenir lieu de mère" à des enfants pendant leur vie terrestre et qui se font un

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plaisir de prendre soin d'un petit abandonné. L'extrême plasticité de la substance-désir facilite la construction de jouets vivants et exquis pour les enfants, et leur vie est une suite de belles récréations; néanmoins, leur éducation n'est pas négligée. Ils sont divisés en classes, selon leur tempérament, et non selon leur âge. Il est facile, dans le Monde du Désir, de donner des leçons de choses sur l'influence des passions bonnes et mauvaises, la conduite dans la vie et le bonheur. Ces leçons sont imprimées d'une manière indélébile sur le corps du désir sensitif et émotionnel de l'enfant et elles demeurent avec lui pendant sa nouvelle incarnation, de sorte que plus d'une personne qui mène maintenant une noble vie le doit en grande partie au fait qu'elle a reçu ces leçons spéciales. Souvent, quand un esprit peu avancé naît, les Etres Miséricordieux (Chefs invisibles qui guident notre évolution), le font mourir de bonne heure pendant la vie terrestre, afin qu'il puisse recevoir cette éducation particulière qui le préparera à affronter ce qui sera peut-être une vie pénible. Ceci paraît être spécialement le cas quand l'impression faite sur le corps du désir a été peu profonde, parce que le mourant a été troublé par les lamentations de ses parents, ou bien dans les cas de mort par accident ou sur le champ de bataille. Dans ces circonstances, le sentiment éprouvé n'a pas l'intensité voulue après la mort; c'est pourquoi, dans son incarnation suivante l'homme meurt pendant l'enfance et la perte est réparée, comme nous l'expliquons plus haut. Souvent, le devoir de prendre soin d'un tel enfant pendant la vie céleste incombe à ceux qui furent la cause de l'anomalie. Ils peuvent ainsi réparer la faute commise et apprendre à mieux faire. Il se peut également qu'ils deviennent les parents de celui auquel ils ont nui et prennent soin de lui pendant les quelques années que dure son existence. Il importe peu alors qu'ils se lamentent au moment de sa mort, car il n'y a pas d'images importantes gravées sur le corps vital d'un enfant.

Ce Premier Ciel est un lieu de perfectionnement pour tous ceux qui ont été laborieux, qui ont eu l'amour des arts et qui ont pratiqué l'altruisme. L'étudiant et le philosophe ont alors accès à toutes les

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bibliothèques du monde. Le peintre éprouve une joie toujours nouvelle aux combinaisons sans cesse changeantes des couleurs. Il ne tarde pas à apprendre que sa pensée mélange et dispose ces couleurs à son gré. Ses créations brillent et scintillent avec une vie impossible à atteindre par celui qui ne peut se servir que des ternes couleurs physiques. Il peint, pour ainsi dire, avec une matière vivante, ardente, et il peut mettre ses idées à exécution avec une facilité qui remplit son âme de joie. Le musicien n'as pas encore atteint le lieu où son art trouvera son expression la plus complète. Le Monde Physique est le Monde de la Forme. Le Monde du Désir, où se trouvent le Purgatoire et le Premier Ciel est particulièrement le Monde de la Couleur; mais le Monde de la Pensée où son situés le Deuxième et le Troisième Ciel est la sphère du Son. La musique céleste est un fait et non pas seulement une fleur de rhétorique. Pythagore n'inventait rien quand il parlait de la musique des sphères, car chaque corps céleste émet un son défini, et leur ensemble forme la symphonie céleste. Goethe en parle dans le prologue de Faust dont il a placé l'action au ciel et où l'Archange Raphaël prononce ces paroles:


"Le Soleil résonne sur le mode antique
Dans le choeur harmonieux des sphères.
Sa course ordonnée s'accomplit
D'année en année, rapide comme l'éclair".

Des échos de cette musique céleste nous parviennent même ici-bas dans le Monde Physique. Ils sont notre plus précieux trésor, bien qu'ils nous échappent, tels des feux-follets et qu'ils ne puissent être créés d'une manière permanente, comme peuvent l'être d'autres oeuvres d'art: statue, tableau ou livre. Dans le Monde Physique le son s'évanouit et meurt aussitôt qu'il est né. Dans le Premier Ciel, ces sons sont naturellement beaucoup plus beaux et plus durables; aussi le musicien y entend-il des accents plus doux qu'il n'en entendit jamais pendant sa vie terrestre.

Les expériences du poète sont analogues à celles du musicien; car la poésie est l'expression des sentiments les plus profonds de l'âme, au moyen des mots qui sont ordonnés, selon les mêmes lois d'harmonie et de rythme qui gouvernent les effusions de l'esprit par l'intermédiaire de la musique. De

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plus, le poète trouve une source merveilleuse d'inspiration dans les images et les couleurs qui sont la principale caractéristique du Monde du Désir. C'est de là qu'il tirera les matériaux qui lui serviront pour son oeuvre dans sa prochaine incarnation. L'écrivain accumule de la même façon ses sujets et développe ses facultés. Le philanthrope élabore ses plans altruistes pour l'élévation de l'homme. S'il a échoué auparavant, il verra dans le Premier Ciel quelle en est la raison, et il apprendra à surmonter les obstacles et à éviter les erreurs qui rendaient inapplicable son premier plan.

Un moment arrive où le résultat de la douleur et des souffrances inhérentes à la purification et le bonheur causé par les bonnes actions de la vie passée ont été gravés sur l'atome-germe du corps du désir. Ensemble, ils constituent ce que nous appelons la conscience qui nous met en garde contre le mal, source de douleur, et qui nous fait pencher vers le bien, source du bonheur et de la joie. Alors l'homme laisse désintégrer son corps du désir, comme il avait abandonné son corps dense et son corps vital. Il n'emporte avec lui que les forces de l'atome-germe qui formeront le noyau du corps du désir futur, de même qu'elles étaient le principe durable de ses anciens véhicules de sentiment.

Comme nous le disons plus haut, les forces de l'atome-germe sont extraites. Pour le matérialiste, la force et la matière sont inséparables. L'occultiste sait qu'il en est autrement. Pour lui, elles ne sont pas deux abstractions entièrement distinctes et séparées, mais les deux pôles d'un même esprit.

La Matière est l'esprit cristallisé.

La Force est le même esprit non encore cristallisé.

Nous l'avons déjà dit, mais on ne saurait trop se pénétrer de cette idée. A ce sujet, l'exemple de l'escargot nous vient en aide. La matière, qui est l'esprit cristallisé, correspond à la coquille de l'escargot, qui est l'escargot cristallisé. La force chimique, qui est active dans la matière et la rend utilisable pour la construction des formes, et l'escargot actif dans sa coquille fournissent aussi une bonne comparaison. Ce qui est maintenant l'escargot deviendra, avec le temps, la coquille, et ce qui est

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maintenant l'énergie deviendra plus tard la matière, quand elle se sera cristallisée davantage. Le processus inverse, qui consiste à désintégrer la matière en esprit, s'accomplit de même constamment. Nous voyons la phase la plus grossière de cette opération dans la désintégration qui a lieu quand un homme abandonne ses véhicules; à ce moment, l'esprit d'un atome est facilement détachable de l'esprit moins subtil qui s'est manifesté comme matière.

Le Deuxième Ciel

Finalement, l'homme, l'Ego, le triple esprit, entre dans le Deuxième Ciel. Il est revêtu de la gaine de l'intellect qui contient aussi les trois atomes-germes: la quintessence des trois véhicules abandonnés.

Quand l'homme meurt et perd son corps dense et son corps vital, il passe par des états comparables au sommeil. Le corps du désir, ainsi que nous l'avons expliqué, n'a pas d'organes immédiatement utilisables. D'un ovoïdes, il se transforme en une forme qui ressemble au corps dense abandonné. Il est facile de comprendre qu'il doit y avoir un intervalle d'inconscience analogue au sommeil, après lequel l'homme s'éveille dans le Monde du Désir. Cependant, il arrive souvent que les "morts" ne savent pas ce qui leur est arrivé. Ils ne réalisent pas qu'ils sont morts. Ils savent qu'ils peuvent se mouvoir et penser. Aussi, est-il parfois très difficile de leur faire admettre qu'ils sont réellement "morts". Ils se rendent compte qu'il y a une différence, mais ils ne peuvent comprendre en quoi elle consiste.

Toutefois, il n'en est pas de même quand ils passent du Premier Ciel qui est situé dans le Monde du Désir, au Deuxième Ciel qui se trouve dans la Région de la Pensée Concrète. L'homme abandonne alors son corps du désir. Il est parfaitement conscient. Il entre dans un grand silence. Pour le moment, tout semble s'effacer. Il ne peut penser. Toutes les facultés sont inactives; cependant, il sait qu'il est. Il a le sentiment de se tenir dans "l'Eternel", d'être seul, mais sans frayeur; son âme est remplie d'une paix merveilleuse " qui passe toute intelligence" (Philippiens 4:7).

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Dans la science occulte, on appelle cette condition "le Grand Silence".

Puis vient le réveil. L'esprit est maintenant dans son pays natal, le Ciel. Là, les premières sensations du réveil apportent à l'esprit le son "de la musique des sphères". Pendant notre vie terrestre, nous sommes tellement immergés dans les bruits et les sons insignifiants de notre entourage limité que nous sommes incapables d'entendre la musique des sphères dans leur course, mais l'occultiste scientifique l'entend. Il sait que les douze signes du Zodiaque et les sept planètes forment la table d'harmonie et les cordes de "la lyre à sept cordes d'Apollon". Il sait que si une seule discordance venait à troubler l'harmonie céleste de ce sublime Instrument, "la destruction de la matière et la débâcle des mondes" s'ensuivraient.

Le pouvoir des vibrations rythmiques est bien connu de tous ceux qui ont prêté la moindre attention à ce sujet. Par exemple, les soldats qui passent sur un pont reçoivent l'ordre de rompre le pas, car autrement leur cadence rythmée briserait la construction la plus solide. L'histoire biblique de l'écroulement des murs de Jéricho est loin d'être absurde, aux yeux de l'occultiste. Des phénomènes analogues se sont produits dans certains cas, sans que le monde ait souri d'un air supérieur d'incrédulité. Il y a quelques années un orchestre jouait près du mur très solide d'un vieux château; à un certain passage du morceau se trouvait un accord très prolongé et perçant. Au moment où cet accord résonna, le mur du château s'écroula soudainement. La vibration tonique du mur avait été atteinte et soutenue assez longtemps pour causer sa destruction.

Quand nous disons que ce monde est le monde du son, il ne faut pas croire que les couleurs en soient absentes. Bien des gens savent qu'il y a un rapport intime entre la couleurs et le son, que lorsqu'une certaine note résonne, une certaine couleur paraît en même temps. Il en est ainsi dans le Monde Céleste où le son et la couleur sont présents; mais c'est le son qui produit la couleur. C'est pourquoi, nous disons que ce monde est plus spécialement le monde du son, du son qui construit toutes les formes du

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Monde Physique. Le musicien peut entendre certains sons dans différentes parties de la nature, comme le vent dans la forêt, les vagues qui se brisent sur la plage, le rugissement de l'océan et la voix si variée des cascades et des ruisseaux. Ces sons combinés forment dans leur ensemble la note fondamentale terrestre, la tonique de la Terre. De même qu'on peut créer des formes géométriques en passant un archet de violon sur le bord d'une plaque de verre, de même les formes qui nous entourent sont-elles la cristallisation des figures sonores des forces archétypales qui sont actives dans les archétypes du Monde Céleste.

Le travail accompli par l'homme dans le Monde Céleste est très varié. Son existence n'est nullement inactive et illusoire. C'est une période d'activité de la plus grande importance pour la préparation de sa prochaine vie, comme le sommeil est une période d'activité et de préparation pour le travail du lendemain.

C'est maintenant que la quintessence des trois corps est assimilée par l'esprit triple. Tout ce qui, dans le corps du désir, avait été l'objet du travail de l'homme pendant sa vie par la purification de ses désirs et de ses émotions est joint à l'esprit humain et fournit, dans l'avenir, un meilleur intellect.

Tout ce qui, dans le corps vital, avait été travaillé, transformé et spiritualisé par l'esprit de vie est ainsi sauvé de la désintégration à laquelle le reste du corps vital est soumis, est amalgamé à l'esprit de vie et assurera dans les vies futures un meilleur corps vital et un meilleur tempérament.

Tout ce que l'esprit divin a sauvé du corps dense par les bonnes actions sera assimilé à cet aspect de l'esprit et produira un meilleur environnement et de nouvelles opportunités.

Cette spiritualisation des véhicules est accomplie en cultivant les facultés d'observation, de discernement et de mémoire, par le dévouement à des idéaux élevés, par la prière, la concentration, la persévérance et par l'usage correct des forces vitales.

Le Deuxième Ciel est la vraie patrie de l'homme, de l'Ego, du Penseur. Il y demeure pendant des siècles, assimile les fruits de sa dernière vie terrestre et prépare les conditions physiques les plus favorables pour le prochain stade de son développement. Le son qui remplit cette région et qui est

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partout apparent comme couleur, est, pour ainsi dire, son instrument. C'est cette vibration sonore et harmonieuse qui, tel un élixir de vie, incorpore au triple esprit la quintessence du triple corps dont l'esprit dépend pour sa croissance.   

La vie dans le Deuxième Ciel est extrêmement active et variée. L'Ego assimile les fruits de sa dernière existence terrestre et prépare le milieu de sa prochaine existence physique. Il ne suffit pas de dire que les nouvelles conditions seront déterminées par la conduite et les actions de la vie passée. Il est de toute nécessité que les fruits de cette vie soient incorporés au Monde qui sera la scène prochaine de l'activité de l'Ego, alors qu'il amassera de nouvelles expériences et de nouveaux fruits. C'est pourquoi tous les habitants du Monde Céleste travaillent aux modèles de la Terre, qui se trouvent tous dans la Région de la Pensée Concrète. Ils modifient les traits physiques de la Terre et sont la cause de changements graduels dans son aspect, de telles sorte qu'à chaque retour à la vie physique, un milieu différent a été préparé, dans lequel ils peuvent acquérir de nouvelles expériences. L'homme modifie le climat, la flore et la faune, sous la direction d'Etres supérieurs que nous décrirons plus tard. Ainsi le monde est exactement ce que nous l'avons fait individuellement et collectivement, et il sera ce que nous le ferons. L'occultiste scientifique voit une cause spirituelle en manifestation dans tous les phénomènes physiques, y compris la série de secousses sismiques de plus en plus nombreuses et alarmantes dont il peut faire remonter la cause à la pensée matérialiste de la science moderne.

Il est vrai que des causes purement physiques peuvent amener de telles perturbations; mais cela résout-il entièrement la question? Pouvons-nous toujours obtenir une explication complète en observant seulement ce qui se passe à la surface? Assurément non! Nous voyons, par exemple, deux hommes en conversation dans la rue; soudain l'un d'eux frappe l'autre. Un observateur pourra dire que l'homme renversé le fut par une pensée de colère. Un autre peut-être se moquera de cette affirmation et déclarera

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qu'il a vu le bras se lever, les muscles se contracter, le bras se détendre et venir frapper la victime. Cette affirmation est également vraie, mais on peut dire avec raison que s'il n'y avait eu d'abord une pensée de colère, le coup n'aurait jamais été porté. Et c'est de la même manière que l'occultiste voit dans le matérialisme la cause des secousses sismiques.

Le travail de l'homme dans le Monde Céleste n'est pas limité seulement aux modifications de la surface de la terre qui sera la scène de ses futures efforts dans la conquête du Monde Physique. Il apprend également à construire un corps qui lui offrira plus tard un meilleur moyen d'expression. C'est la destinée de l'homme de devenir une Intelligence Créatrice et il est continuellement en apprentissage. Pendant la vie céleste, il apprend à construire toutes sortes de corps, le corps humain y compris.

Nous avons parlé des forces qui sont actives aux pôles positifs et négatifs des différents éthers. L'homme lui-même est une de ces forces. Ceux que nous appelons les morts sont ceux qui nous aident à vivre. Ils sont aidés à leur tour par les "esprits de la nature", comme on les appelle, qui sont sous leurs ordres. L'homme est guidé dans ce travail par des Instructeurs appartenant aux Hiérarchies Créatrices supérieures, qui l'aidèrent à construire ses véhicules avant qu'il n'atteignit la "soi-conscience", de la même manière qu'il construit maintenant ses corps pendant le sommeil. Pendant la vie céleste, il reçoit consciemment les leçons d'Instructeurs. Le peintre apprend à construire un oeil qui voit correctement, qui est capable de saisir parfaitement une perspective et de distinguer les couleurs et les nuances d'une manière inconcevable pour ceux que n'intéressent pas les couleurs et les effets de lumière.

Le mathématicien étudie l'espace, et la faculté de percevoir l'espace dépend de l'ajustement délicat des trois canaux semi-circulaires qui sont situés à l'intérieur de l'oreille et donc chacun est dirigé dans une des trois directions de l'espace. La logique de la pensée et l'aptitude aux sciences mathématiques sont proportionnelles à l'exactitude de cet ajustement des canaux semi-circulaires. Le talent musical dépend aussi du même facteur, mais, en plus le musicien doit posséder des "fibres de Corti" extrêmement délicates. L'oreille humaine en contient environ trois mille, et chacune d'elles est capable d'interpréter

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environ vingt-cinq variations de son. Trois à dix seulement de ces gradations sont susceptibles d'être éveillées chez la plupart des hommes. Chez les gens d'une habileté musicale ordinaire, chaque fibre enregistre au maximum quinze sons; mais le maître musicien qui est capable d'interpréter et de rendre la musique du Monde Céleste a besoin d'une plus grande variété pour pouvoir distinguer les différentes notes et percevoir la moindre discordance dans les accords les plus compliqués. Ceux qui ont besoin d'organes d'une aussi grande délicatesse pour l'expression de leurs facultés sont l'objet de soins spéciaux, comme le mérite et l'exige leur condition supérieure de développement. Le musicien vient au premier rang, ce qui est compréhensible, car tandis que le peintre tire principalement son inspiration du Monde de la Couleur, le Monde du Désir le plus proche du nôtre, le musicien, lui, essaie de nous apporter l'atmosphère de notre patrie céleste (en tant qu'esprits) et de l'exprimer par les sons de ce monde terrestre. C'est à lui qu'échoit la mission la plus haute, parce que la musique est le mode suprême d'expression de la vie de l'âme. Elle diffère de tous les autres arts et leur est supérieure, car une statue ou un tableau, une fois créés, sont permanents. Ils sont tirés du Monde du Désir et sont, par suite, plus facilement cristallisés, tandis que la musique, qui émane du Monde Céleste, est moins tangible et plus fugace; elle doit être créée à nouveau chaque fois que nous voulons l'entendre. On peut la fixer, mais la musique ainsi reproduite perd beaucoup de la douceur émouvante qu'elle possède lorsqu'elle nous vient directement de son propre monde, apportant à l'âme le souvenir de sa patrie et lui parlant avec une éloquence que les plus beaux marbres et les plus belles toiles ne sauraient égaler.

L'instrument par l'intermédiaire duquel l'homme perçoit la musique est le plus parfait organe sensoriel du corps humain. L'oeil est loin d'être parfait, mais l'oreille est juste, dans ce sens qu'elle entend tous les sons sans déformation, alors que l'oeil déforme souvent ce qu'il voit.

Si le musicien doit avoir une oreille musicale, il doit, de plus, apprendre à construire une main longue et fine, aux doigts effilés, et aussi des nerfs sensitifs; car autrement il ne serait pas capable de reproduire les mélodies qu'il entend.

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C'est une loi de la nature que l'homme ne peut habiter un corps plus parfait que celui qu'il est capable de construire. Il apprend d'abord à construire un corps d'une certaine classe, puis il apprend à l'habiter. De cette manière, il découvre ses erreurs et il apprend à les corriger.

Tous les hommes travaillent inconsciemment à la construction de leur corps pendant la vie prénatale jusqu'à ce qu'ils arrivent au point où la quintessence extraite des anciens véhicules va être incorporée. Ils travaillent alors consciemment. On verra ainsi que plus un homme fait de progrès et travaille sur ses véhicules, les rendant ainsi immortels, plus il augmente son pouvoir de construction pour une nouvelle vie. L'élève avancé d'une école d'occultisme commence parfois ce travail de construction pour son propre compte, à la fin des trois premières semaines qui appartiennent exclusivement à la mère. Quand la période de construction inconsciente est passée, l'homme a l'occasion d'exercer son pouvoir créateur naissant, et c'est alors le commencement de la véritable création originale: l'"Epigénèse".

Ainsi, nous voyons que l'homme apprend à construire ses véhicules dans le Monde Céleste et à s'en servir dans le Monde Physique. La nature fournit toutes les phases nécessaires d'expérience, d'une manière si merveilleuse et avec une sagesse si consommée que, à mesure que nous apprenons à sonder plus profondément ses secrets, nous comprenons de mieux en mieux le peu que nous sommes et nous éprouvons un sentiment toujours grandissant de vénération envers Dieu dont la Nature est le symbole visible. Plus nous apprenons à connaître ses merveilles, plus nous réalisons que notre système cosmique n'est pas l'immense mécanisme à mouvement perpétuel qu'on voudrait nous faire admettre.

Il serait tout aussi logique de supposer que si nous jetons en l'air une boîte de caractères d'imprimerie, ces caractères auront formé les mots d'un magnifique poème quand ils reviendront sur le sol. Plus grande est la complexité du plan, plus grand est le poids de l'argument en faveur de la théorie d'un Auteur Divin intelligent.

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Le Troisième Ciel

Après avoir assimilé tous les fruits de sa vie passée et avoir modifié l'aspect de la Terre de manière à préparer le milieu nécessaire pour son prochain pas vers la perfection, après avoir ainsi appris, en collaborant à l'étude du perfectionnement du corps humain, à construire un corps approprié qui lui permette de s'exprimer dans le Monde Physique, et après avoir finalement extrait de l'intellect l'essence qui nourrit le triple esprit, l'Ego, privé de tout véhicule, passe dans la Région supérieure du Monde de la Pensée: le Troisième Ciel. Là, il est fortifié par l'harmonie ineffable de ce monde supérieur, en vue de sa prochaine descente dans la matière.

Après un certain temps vient le désir de nouvelles expériences et l'idée d'une nouvelle naissance se fait jour. Ce désir évoque devant l'esprit la vision d'une série d'images, d'un panorama de la nouvelle vie qui lui est réservée. Mais, notons-le bien, ce panorama ne contient que les évènements principaux. L'esprit a une entière liberté en ce qui concerne les détails. C'est exactement le cas d'un homme qui voudrait se rendre dans une ville éloignée avec un billet, valable seulement pour un temps limité, mais qui lui laisserait la liberté de choisir son itinéraire. Une fois qu'il a choisi et s'est mis en route, il n'est pas sûr de pouvoir changer de direction pendant le trajet. Il peut s'arrêter autant de fois qu'il lui plaît, aussi longtemps que le billet est valable, mais il ne peut revenir en arrière. Ainsi, à mesure qu'il avance dans son voyage, le choix qu'il a fait le limite de plus en plus. S'il a choisi une compagnie de chemin de fer qui se sert de charbon gras, il doit s'attendre à être sali par la suie. S'il avait choisi une compagnie qui brûle de l'anthracite ou qui se sert d'électricité, il serait resté plus propre. Il peut endurer une vie pénible, mais son choix est libre et il peut désirer mener une vie pure ou se vautrer dans la fange. Les autres conditions sont également sous son contrôle, dans les limites, toutefois, de ses choix et de ses actions passés.

Les images du panorama de la vie prochaine, dont nous venons de parler, commencent au berceau et finissent à la tombe, à l'inverse du panorama post mortem dont nous avons déjà parlé. La raison de cette

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différence radicale entre ces deux panoramas est que l'objet de celui qui précède la naissance est de montrer à l'Ego sur le point de se réincarner comment certaines causes ou actions produisent invariablement certains effets. Dans le cas de celui qui suit la mort, le but est, au contraire, de montrer comment chaque événement de la vie passée était l'effet d'une certaine cause antérieure dans cette même vie. La Nature ou Dieu ne fait rien sans une raison logique et, plus nous cherchons à savoir, plus il devient manifeste que la Nature est une mère pleine de sagesse qui se sert toujours des meilleurs moyens pour arriver à ses fins.

On se demandera peut-être: "Pourquoi devons-nous nous réincarner? Pourquoi devons-nous retourner à cette existence terrestre misérable et limitée? Pourquoi ne pouvons-nous pas acquérir de l'expérience dans ces royaumes supérieurs sans reparaître sur la Terre? Nous sommes las de cette vie si triste et si fatigante!

De telles questions sont basées sur des malentendus de diverses sortes. Tout d'abord, nous devrions comprendre et graver dans notre mémoire que le but de la vie n'est pas le bonheur, mais l'expérience. Le chagrin et la douleur sont nos meilleurs instructeurs.

Cette doctrine paraît sévère, et le coeur se révolte rien qu'à la pensée qu'elle puisse être vraie. Néanmoins elle l'est. On trouvera après réflexion qu'en définitive ce n'est pas une doctrine si sévère.

La douleur est notre bienfaitrice. Si nous pouvions placer notre main sur un poêle brûlant sans ressentir de douleur, la main, peut-être même le bras, pourraient rester en place jusqu'à carbonisation et nous ne nous en rendrions compte que lorsqu'il serait trop tard pour les sauver. C'est la douleur résultant du contact avec le poêle chaud qui nous fait retirer vivement notre main avant qu'elle soit sérieusement brûlée et nous en sommes quittes avec une simple ampoule qui guérit rapidement. Voilà un exemple emprunté au Monde Physique. Le même principe s'applique aux mondes supérieurs. Si nous outrageons

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la morale, les remords de conscience dont nous souffrons nous empêcheront de répéter l'acte en question; et, si nous ne prenons pas garde à la première leçon, la nature nous obligera à des expériences de plus en plus pénibles, jusqu'à ce que, finalement, s'imprime de force dans notre conscience l'idée que "la voie du transgresseur est rude" (Proverbe 13:15). Ces expériences se renouvelleront jusqu'à ce que nous soyons enfin forcés de changer de direction et que nous nous décidions vers une vie meilleure.

L'expérience est "la connaissance des effets qui suivent les actes". Elle est l'objet de la vie, ainsi que le développement de la Volonté", qui est la force au moyen de laquelle nous mettons en oeuvre les résultats de l'expérience. Nous devons acquérir l'expérience, mais nous avons le choix entre la voie pénible de l'expérience personnelle, ou bien l'observation des actions d'autrui, les raisonnant et les méditant à la lumière de notre expérience précédemment acquise.

C'est par cette dernière méthode que l'étudiant en occultisme devrait s'instruire, au lieu d'attirer sur lui le fouet de l'adversité et de la douleur. Plus nous sommes disposés à apprendre de cette manière, moins nous sentirons les souffrances du "sentier de la douleur", et plus rapidement nous atteindrons le "sentier de la paix".

Le choix nous appartient, mais tant que nous n'avons pas appris tout ce que nous devons apprendre dans ce monde, il nous faut y revenir. Nous ne pouvons rester dans les mondes supérieurs et y acquérir des connaissances avant d'avoir complètement terminé les leçons de la vie terrestre. Ce serait aussi peu raisonnable que d'envoyer un enfant à l'école maternelle un jour, et au collège le lendemain. L'enfant doit retourner à l'école enfantine, jour après jour, et passer des années dans les classes primaires et les cours secondaires avant que ses études aient suffisamment développé ses facultés pour lui permettre de comprendre ce qu'on enseigne dans les écoles supérieures.

L'homme, lui aussi, est à l'école de l'expérience. Il doit y revenir bien des fois avant qu'il puisse espérer s'assimiler toutes les connaissances du monde des sens. Quelque riche qu'elle soit en expérience, il n'y a pas de vie terrestre qui, à elle seule, puisse fournir ces connaissances. Aussi, la nature décrète qu'il

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doit retourner sur la terre, après des intervalles de repos, pour reprendre son travail là où il l'avait laissé, comme un enfant reprend chaque jour son travail à l'école, après le sommeil réparateur de la nuit. Objecter que l'homme ne se rappelle pas ses vies passées n'est pas un argument valable contre cette théorie. Nous ne pouvons nous rappeler tous les évènements de notre vie actuelle. Nous ne nous rappelons pas combien il nous fut pénible d'apprendre à écrire. Toutes les facultés que nous possédons ont dû être acquises à un certain moment, à un certain endroit. Cependant, certains peuvent se rappeler leur passé comme le montrera un exemple remarquable, relaté à la fin du chapitre suivant et pris parmi beaucoup d'autres.

De plus, si nous ne revenions pas sur la Terre, à quoi bon vivre? A quoi bon s'efforcer d'atteindre un but quelconque? Pourquoi une vie éternelle de bonheur dans le ciel serait-elle la récompense d'une bonne vie terrestre? Quel bénéfice pourrait-on retirer d'une bonne vie dans un ciel où tout le monde est déjà heureux? Assurément, dans un endroit où tout le monde est heureux et satisfait, il n'y a pas besoin de sympathie, de sacrifice de soi-même ou de sages conseils! On n'en aurait que faire; mais sur Terre, nombreux sont ceux qui justement ont besoin de ces choses; les qualités altruistes et humanitaires ont la plus grande valeur pour l'humanité en lutte. Aussi la Grande Loi, qui a le Bien pour objet, ramène l'homme dans le monde pour qu'il puisse de nouveau travailler, pour son propre bénéfice et pour celui des autres, avec les trésors qu'il a amassés, au lieu de les laisser perdre dans un ciel où personne n'en a besoin.

Préparatifs pour la Renaissance

Après avoir compris la nécessité des renaissances successives, nous allons maintenant étudier la méthode par laquelle ce but est atteint.

Avant de descendre dans la matière, l'esprit triple ne possède pas de véhicules, mais seulement les forces des quatre atomes-germes (qui sont les noyaux du corps triple et de la gaine de l'intellect). Sa

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descente dans la matière ressemble à la mise de plusieurs paires de gants de plus en plus épais, comme dans l'exemple donné précédemment. Les forces latentes de l'intellect de la dernière incarnation sont éveillées dans l'atome-germe. Elles commencent à attirer les matériaux de la subdivision la plus élevée de la Région de la Pensée Concrète, comme un aimant attire la limaille de fer.

Si nous tenons un aimant au-dessus d'un mélange de limaille de cuivre, d'argent, d'or, de fer, de plomb et d'autres métaux, nous remarquerons qu'il choisit seulement la limaille de fer, qu'il ne prendra pas plus de cette limaille que sa force ne lui permet d'en soulever. Son pouvoir d'attraction s'étend uniquement sur une sorte particulière de métal et de plus son intensité est limitée. Il en est de même de l'atome-germe. Il ne peut prendre dans chaque Région qu'une certaine quantité de la substance pour laquelle il a de l'affinité. Ainsi, le véhicule qui est construit autour de ce noyau devient une reproduction exacte du véhicule correspondant de la dernière incarnation, moins le mal qui a été éliminé et plus la quintessence du bien qui a été incorporée à l'atome-germe.

Le matériel rassemblé par l'esprit triple prend la forme d'une grande cloche ouverte à la base ayant l'atome-germe au sommet. Si nous formons une conception spirituelle de cette image, nous pouvons la comparer à une cloche à plongeur qui descend dans une mer formée de fluides d'une densité toujours croissante. Ces densités correspondent aux différentes subdivisions de chaque monde. La matière accumulée dans ce corps en forme de cloche le rend plus lourd, de telle sorte qu'il s'enfonce dans la subdivision inférieure la plus rapprochée et y prend la quantité nécessaire de matière. Il s'alourdit ainsi de plus en plus et continue à s'enfoncer jusqu'à ce qu'il soit passé à travers les quatre subdivisions de la Région de la Pensée Concrète, et que la gaine du nouvel intellect de l'homme soit complète. Après cela, les forces de l'atome-germe du corps du désir sont éveillées. Cet atome-germe se place au sommet de la cloche à l'intérieur et les matériaux de la septième Région du Monde du Désir se disposent autour

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de lui jusqu'à ce qu'il plonge dans la sixième Région où il réunit de nouveaux matériaux, et ceci continue jusqu'à ce que la première Région du Monde du Désir soit atteinte. La cloche a maintenant deux couches: au dehors la gaine de l'intellect et à l'intérieur le nouveau corps du désir.

Ensuite, l'activité de l'atome-germe du corps vital est éveillée; mais le procédé de formation du corps vital n'est pas aussi simple que celui de l'intellect et du corps du désir, car il faut rappeler que ces derniers véhicules sont comparativement peu organisés, tandis que le corps vital et le corps dense sont d'une organisation très complexe. Une certaine quantité de matière de qualité définie est attirée d'après la même loi que pour les corps supérieurs, mais la construction du nouveau corps et son placement dans le milieu convenable sont laissés aux soins de quatre Grands Etres d'une sagesse incommensurable qui sont les Anges de Justice, les "Seigneurs de la Destinée". L'éther réflecteur du corps vital est impressionné par eux de telle façon que les images de la vie à venir s'y reflètent. Le corps vital est construit par les habitants du Monde Céleste et les esprits élémentaux de façon à former un type particulier de cerveau. Mais l'Ego qui se réincarne y incorpore lui-même la quintessence de ses anciens corps vitaux et, de plus, il accomplit un certain travail original, à seule fin qu'il puisse, dans la vie qui va commencer, s'exprimer d'une façon quelque peu originale et individuelle, qui ne soit pas uniquement déterminée par les actions passées.

Il est très important de se rappeler ce fait. Nous avons une trop grande tendance à penser que tout ce qui existe maintenant est le produit de quelque chose qui existait auparavant; mais, si tel était le cas, nous n'aurions aucune latitude pour des efforts nouveaux et originaux et pour engendrer de nouvelles causes. La chaîne des causes et des effets n'est pas une répétition monotone. Il y a sans cesse une affluence de causes nouvelles et originales. C'est là le vrai fondement de l'évolution, ce qui lui donne une signification et ne la réduit pas simplement au développement de pouvoirs latents. C'est là l'"Epigénèse", la libre volonté qu'a l'Ego, qui ne consiste pas seulement dans la liberté de choisir entre deux manières d'agir, mais en la liberté d'inaugurer quelque chose d'entièrement nouveau. L'Epigénèse est le facteur

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important qui, seul, permet d'expliquer d'une manière satisfaisante le système auquel nous appartenons. Il vient s'ajouter à l'Involution et à l'Evolution qui seraient par elles-mêmes insuffisantes.

La destinée d'un individu soumise à la loi des conséquences est d'une grande complexité et entraîne des relations constantes avec les Egos en incarnation et hors d'incarnation. Même ceux qui sont incarnés à un même moment peuvent ne pas vivre dans la même localité, de sorte qu'il est impossible que la destinée d'un individu s'accomplisse entièrement dans l'espace d'une vie ou dans un seul endroit. C'est pourquoi l'Ego est amené dans une certaine famille et dans un milieu déterminé auxquels il est relié d'une façon quelconque.

Le choix du milieu est parfois indifférent pour l'accomplissement de la destinée; dans ce cas l'Ego est, dans la mesure du possible, laissé libre de choisir. Mais une fois le milieu déterminé, les agents des Seigneurs de la Destinée veillent, invisibles, à ce qu'aucun acte délibérément voulu ne permette d'esquiver l'accomplissement de la partie du destin qui a été choisie. Si nous faisons quoi que ce soit pour y échapper, ils auront recours à un autre mode d'action pour assurer l'accomplissement de la destinée. Toutefois, on ne saurait trop répéter que cette manière d'agir ne rend pas l'homme impuissant. C'est simplement la même loi qui agit après que nous avons tiré le coup de pistolet. Nous sommes incapables alors d'arrêter la balle ou même de la faire dévier de son chemin, si peu que ce soit. Sa trajectoire était déterminée par la position du pistolet, au moment du tir. Cette position aurait pu être changée à n'importe quel moment avant de faire jouer la détente, puisque jusqu'à ce moment-là nous en avions le contrôle absolu. Il en est de même des nouvelles actions qui sont la cause de la destinée future. Nous pouvons jusqu'à un certain point modifier ou même neutraliser complètement certaines causes qui sont déjà actives, mais une fois qu'elles ont été mises en marche et que rien n'a été fait pour les neutraliser, un moment viendra où elles échapperont à notre contrôle. C'est ce qu'on appelle la "destinée mûre", et c'est cette sorte de destin qui est considérée quand nous disons que les Seigneurs

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de la Destinée font échec à tous les efforts que nous pouvons tenter pour l'éviter. Pour ce qui est de notre passé, nous sommes dans une grande mesure impuissants; mais en ce qui concerne nos actions futures nous pouvons les contrôler dans la mesure où elles ne sont pas limitées par nos actes passés. Peu à peu, cependant, lorsque nous apprenons que nous sommes la cause de nos peines ou de nos joies, nous comprenons combien il est nécessaire de mettre notre vie en harmonie avec les lois de Dieu et de nous élever ainsi au-dessus des lois du Monde Physique. C'est pour nous la clef de l'émancipation, comme l'a dit Goethe:

De chaque pouvoir qui enchaîne le monde entier
L'homme se délivre, quand il arrive à se maîtriser.

Le corps vital, qui a été modelé par les Seigneurs de la Destinée, donnera la forme au corps dense, organe pour organe. Ce moule est alors placé dans l'utérus de la future mère. L'atome-germe du corps dense se trouve dans la tête triangulaire de l'un des spermatozoïdes de la semence du père. Cela seul rend la fécondation possible et c'est là ce qui explique pourquoi tant d'unions demeurent stériles. Les constituants chimiques du fluide séminal et des ovules sont toujours les mêmes et, s'ils étaient les seuls matériaux nécessaires, on ne pourrait trouver l'explication du phénomène de la stérilité, si on la cherchait seulement dans le monde matériel et visible. Nous avons vu que les molécules d'eau ne se congèlent que le long des lignes de force qui préexistent dans l'eau et se manifestent sous la forme de cristaux de glace, au lieu de se prendre en une masse homogène, comme ce serait le cas s'il n'y avait pas de lignes de force avant la congélation. Nous comprendrons que le corps dense ne peut être construit s'il n'y a pas de corps vital pour servir de moule à la matière physique. De plus, il doit y avoir un atome-germe du corps dense, pour régler la qualité et la quantité de matière qui doit entrer dans la composition de ce corps. Bien que dans la phase actuelle de développement il n'y ait jamais harmonie complète dans les matériaux du corps, parce qu'autrement le résultat serait un corps parfait, la discordance ne doit pas, toutefois, être si grande qu'elle devienne une cause de rupture pour l'organisme.

Ainsi, tandis que l'hérédité n'opère que sur les matériaux du corps dense, et non sur les qualités de

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l'âme, qui sont tout à fait individuelles, l'Ego qui renaît accomplit aussi une certaine somme de travail sur son corps dense, en lui incorporant la quintessence des qualités physiques de ses incarnations précédentes. Il n'y a pas de corps qui soit un mélange exact des qualités de ses parents, quoique l'Ego soit limité à l'usage des matériaux empruntés aux corps du père et de la mère. C'est pourquoi un musicien renaît seulement là où il peut trouver les éléments nécessaires pour construire une main fine et une oreille délicate, avec ses fibres sensitives de Corti et son ajustement exact des trois canaux semi-circulaires. La disposition de ces matériaux est, dans la mesure que nous avons dite, sous le contrôle de l'Ego. C'est comme si un charpentier, recevant un certain nombre de planches pour construire sa propre maison, gardait la liberté de choisir le type de maison lui convenant le mieux.

Sauf dans le cas d'un être ayant un développement très supérieur, ce travail de l'Ego est presque négligeable dans l'état actuel de l'évolution humaine. L'homme a la plus grande latitude dans la construction de son corps du désir, très peu dans celle de son corps vital, et pour ainsi dire aucune dans celle de son corps dense; cependant, ce peu de marge suffit à faire de chaque individu l'expression de son propre Ego et à le rendre différent de ses parents.

Quand la fécondation de l'ovule a eu lieu, le corps du désir de la mère travaille à son développement pendant une période de dix-huit à vingt et un jours; l'Ego reste alors au dehors, dans son corps du désir et dans la gaine de l'intellect, mais cependant très rapproché de la mère. Au bout de ce laps de temps, il pénètre à l'intérieur du corps de celle-ci; les véhicules en forme de cloche descendent sur le corps vital en le coiffant par la tête et la cloche se ferme à la partie inférieure. A partir de ce moment, l'Ego couve en quelque sorte son futur véhicule jusqu'à l'époque de la naissance de l'enfant, quand commence la nouvelle vie terrestre de l'Ego réincarné.

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Naissance du Corps Dense

Les véhicules du nouveau-né ne deviennent pas immédiatement actifs. Le corps dense est impuissant longtemps après la naissance. En raisonnant par analogie, nous pouvons facilement nous rendre compte qu'il doit en être de même des véhicules supérieurs. L'occultiste scientifique peut voir que tel est le cas, mais, même sans la faculté de clairvoyance, la raison nous montre qu'il doit en être ainsi. De même que le corps dense dans la gaine protectrice de la matrice est lentement préparé pour une vie séparée individuelle, de même les autres corps naissent et sont graduellement mis en activité. Les périodes données dans la description qui suit ne sont qu'approximatives, mais cependant suffisamment exactes, d'une manière générale elles montrent quelle est la relation entre le Microcosme et le Macrocosme, entre l'individu et le monde.

Dans la période qui suit immédiatement la naissance, les divers véhicules s'interpénètrent comme dans notre exemple précédent, le sable pénètre l'éponge, et l'eau s'infiltre à la fois dans le sable et l'éponge. Mais bien qu'ils existent tous comme pendant la vie adulte, ils ne sont que présents. Aucune de leurs facultés positives n'est active. Le corps vital ne peut faire usage des forces qui opèrent au pôle positif des différents éthers. L'assimilation qui se fait au pôle positif de l'éther chimique est excellente pendant l'enfance et son opération est due à l'activité du corps vital macrocosmique; les éthers qui servent de gaine pour le corps vital de l'enfant jusqu'à la septième année l'amènent graduellement à maturité pendant cette période. La faculté de reproduction qui opère au pôle positif de l'éther vie est également à l'état latent. La chaleur du corps, qui résulte de l'activité des forces au pôle positif de l'éther lumière, et la circulation du sang sont dues à l'activité du corps vital macrocosmique, dont les éthers agissent sur l'enfant et le développent lentement, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au point où il peut contrôler lui-même ces fonctions. Les forces qui opèrent au pôle négatif des éthers n'en sont que plus actives. L'élimination des solides qui s'accomplit au pôle négatif de l'éther chimique (correspondant à la subdivision des solides de la Région Chimique) est très abondante, de même que l'élimination des fluides qui s'accomplit au pôle

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négatif de l'éther vie (qui correspond à la deuxième subdivision - liquide - de la Région chimique). La passivité des perceptions sensorielles, due aux forces négatives de l'éther lumière est très remarquable. L'enfant est très impressionnable: il est "tout yeux et tout oreilles".

Pendant les premières années, les forces qui opèrent au pôle négatif de l'éther réflecteur sont aussi très actives: les enfant peuvent en effet, "voir" les Mondes supérieurs et racontent souvent leurs visions, mais les moqueries de leurs aînés ou la perspective d'une punition les empêchent bien souvent de poursuivre ce que les parents considèrent comme un mensonge. Il est déplorable que les petits soient obligés de mentir, ou tout au moins de taire la vérité à cause de l'incrédulité de leurs "sages" aînés. Les investigations de la Société de Recherches Psychiques ont prouvé ce fait que les jeunes enfants ont souvent des camarades de jeu invisibles. Cette clairvoyance des enfants a le même caractère négatif que celle des médiums.

Il en est de même des forces qui sont actives dans le corps du désir. Le sentiment passif de douleur physique est présent, alors que le sentiment d'émotion est presque complètement absent. L'enfant montrera, bien entendu, de l'émotion pour la moindre des choses, mais cette émotion est de courte durée: elle est toute de surface.

L'enfant possède aussi un intellect, mais il est presque incapable d'activité intellectuelle personnelle. Etant surtout soumis aux forces agissant au pôle négatif, il est facile à éduquer grâce à sa tendance à l'imitation.

Ainsi, nous voyons que toutes les qualités négatives sont actives chez le nouveau-né mais, avant qu'il puisse faire usage de ses divers véhicules, il doit développer ses qualités positives.

Chaque véhicule est donc développé par l'activité du véhicule macrocosmique correspondant qui lui sert de matrice jusqu'à sa maturité. De la première à la septième année, le corps vital croît et mûrit lentement dans la matrice du corps vital macrocosmique et, à cause de l'extrême sagesse de ce véhicule du Macrocosme, le corps de l'enfant est plus harmonieux et mieux construit que celui de l'adulte.

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Naissance du Corps Vital

Tant que le corps vital du Macrocosme guide la croissance du corps de l'enfant, ce corps est à l'abri des dangers qui plus tard le menacent quand son corps vital individuel est laissé à lui-même. Ce changement a lieu pendant la septième année, alors commence la période de croissance excessive et dangereuse, qui occupe les sept années suivantes. Pendant ce temps, le corps du désir macrocosmique remplit la fonction de matrice pour le corps du désir individuel.

Si le corps vital était libre de croître d'une manière continue et sans restriction dans le règne humain, comme il le fait chez les plantes, l'homme atteindrait d'énormes proportions. Il fut un temps très reculé où l'homme était constitué comme une plante et où il ne possédait que le corps dense et le corps vital. Les traditions mythologiques et populaires de tous les pays relatives aux géants des anciens temps sont absolument vraies, parce que l'homme croissait alors comme le font maintenant certains arbres et pour la même raison.

Naissance du Corps du Désir

Le corps vital de la plante construit une feuille après l'autre et porte toujours la tige de plus en plus haut; sans l'activité du corps du désir du Macrocosme, le corps vital continuerait à construire indéfiniment de cette manière, mais le corps du désir macrocosmique intervient à un moment donné et s'oppose à un excès de croissance. La force qui n'est plus utilisée est alors disponible pour un autre objet et sert à la construction de la fleur et de la semence. De même, après la septième année, lorsque le corps dense est soumis au contrôle du corps vital, ce dernier cause sa croissance rapide; mais vers la quatorzième année, le corps du désir individuel naît de la matrice du corps du désir macrocosmique et il commence à travailler sur le corps dense. L'excès de croissance est alors arrêté et la force employée jusqu'ici pour la croissance devient disponible pour la reproduction, afin que la plante humaine puisse fleurir et porter des fruits. Aussi, la naissance du corps du désir individuel marque-t-elle le début de la période de

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puberté. A partir de ce moment, l'individu éprouve de l'attraction pour le sexe opposé, et cette attraction est spécialement active et sans restriction pendant la troisième période septennale de la vie, de la quatorzième à la vingt et unième année, parce que l'intellect qui sert de frein n'est pas encore né.

Naissance de l'Intellect

Après la quatorzième année, l'intellect est à son tour mûri et nourri par l'intellect macrocosmique qui développe ses qualités latentes et le rend capable de penser d'une manière personnelle. Les forces des divers véhicules de l'individu ont été maintenant amenées à un degré de maturité qui lui permet de les utiliser toutes pour son évolution; aussi, à la vingt et unième année, l'Ego entre-t-il en possession de son véhicule complet. Il le fait par l'intermédiaire de la chaleur du sang et en développant le sang individuel lorsque l'éther lumière a atteint son développement complet.

Le Sang, Véhicule de l'Ego

Pendant l'enfance et jusqu'à la quatorzième année, la moelle rouge des os ne produit pas tous les globules du sang. Ils sont formés pour la plupart par le thymus qui atteint son plus grand développement dans le foetus et qui diminue graduellement de volume à mesure que la faculté individuelle de produire du sang se développe chez l'enfant. Le thymus contient pour ainsi dire une réserve de globules rouges, fournie par les parents et, par conséquent, l'enfant qui tire son sang de cette source ne peut réaliser son individualité. Jusqu'à ce qu'il produise lui-même son sang, l'enfant ne peut penser qu'il est un "moi" séparé. Quand le thymus disparaît, à l'âge de 14 ans, le sentiment du "moi" atteint son expression complète, car alors le sang est produit et dominé entièrement par l'Ego. Les lignes suivantes rendront l'idée plus claire et montreront qu'elle est logique.

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Nous nous rappelons que l'assimilation et la croissance dépendent des forces qui agissent au pôle positif de l'éther chimique du corps vital. Cet éther est libéré à la septième année avec le reste du corps vital. Seul l'éther chimique est arrivé à complète maturité à ce moment-là; les autres éthers ne sont pas encore complètement développés. A la quatorzième année, l'éther vie du corps vital lié à la faculté de reproduction est complètement mûr. De 7 à 14 ans, l'excès d'assimilation a emmagasiné une certaine quantité de force qui se dirige vers les organes sexuels et qui est disponible au moment de la naissance du corps du désir.

Cette force sexuelle est emmagasinée dans le sang pendant la troisième des périodes septennales et pendant ce temps l'éther lumière qui sert de véhicule pour la chaleur du sang est développé et gouverne le coeur, afin que le corps ne soit ni trop chaud ni trop froid. Pendant la première enfance, la température du sang s'élève souvent d'une façon anormale. Pendant la période d'excès de croissance, c'est fréquemment le contraire qui arrive; mais chez le jeune homme à tête chaude, sans maîtrise de soi, la passion et la violence du caractère rejettent souvent l'Ego hors du corps, en échauffant le sang d'une manière excessive, ce qu'on exprime communément en disant que la personne en question "perd la tête", c'est-à-dire qu'elle devient incapable de penser. C'est précisément ce qui se passe quand la passion, ou la colère surchauffent le sang et chassent ainsi l'Ego hors de ses corps. C'est ce que nous exprimons avec juste raison en disant que la personne "est hors d'elle"; l'Ego est, en effet, en dehors de ses véhicules qui se trouvent alors dans un état de furie momentanée, étant privés de l'influence directrice de la pensée, dont l'objet est en partie de servir de frein à nos impulsions. Le terrible danger de tels éclats est que, avant que l'Ego ne rentre dans ses corps, une entité désincarnée n'en prenne possession et l'empêche de les réoccuper. Ce cas est connu sous le nom d'"obsession". Seul l'homme qui reste calme peut penser avec rectitude. L'Ego ne peut agir dans le corps quand le sang est, soit trop chaud, soit trop froid. Ainsi une chaleur excessive nous porte au sommeil et, si elle dépasse une certaine limite, elle chasse l'Ego au dehors et laisse le corps évanoui, c'est-à-dire inconscient. Un froid excessif

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tend également à assoupir le corps et à le rendre inconscient. C'est seulement lorsque le sang est à sa température normale, ou à peu près, que l'Ego peut en faire usage comme véhicule de conscience.

Pour mieux montrer la connexion qui existe entre l'Ego et le sang, mentionnons la rougeur brûlante de la honte qui met en évidence la manière dont le sang chassé vers la tête surchauffe le cerveau et paralyse la pensée. Quand le sentiment de crainte prédomine, c'est que l'Ego désire se barricader contre quelque danger extérieur. Il force le sang vers le centre du corps produisant la pâleur, puisque le sang a quitté la surface, perdu de la chaleur et de cette manière a paralysé la pensée. Le sang de l'individu "se glace", il grelotte et ses dents claquent, comme lorsque la température est abaissée par les conditions atmosphériques. En cas de fièvre, l'excès de chaleur cause le délire.

Les personnes de tempérament sanguin, dont le sang n'est pas trop chaud, sont physiquement et intellectuellement actives, tandis que les anémiques ont une tendance à somnoler. Chez les uns, l'Ego contrôle bien les véhicules; chez les autres le contrôle est moins efficace. Quand l'Ego veut penser, il envoie le sang au cerveau, à la température voulue. Lorsqu'un repas plantureux concentre son activité sur le système digestif, l'homme ne peut pas penser; il est somnolent.

Les anciens Normands et les Ecossais reconnaissaient ce fait que l'Ego agit dans le sang: aucun étranger ne pouvait entrer dans une de leurs familles avant d'avoir "mélangé son sang au leur", devenant par là-même un membre de la famille. Goethe, qui était un Initié, soutint la même théorie dans son Faust. Faust est sur le point de signer le pacte avec Méphistophélès, lorsqu'il demande: "Pourquoi ne signerais-je pas avec de l'encre ordinaire? A quoi bon se servir de sang?" Méphistophélès lui répond:

"Le sang est une essence tout à fait particulière." Il sait que celui qui possède le sang possède l'homme; que, à défaut de sang chaud, aucun Ego ne peut arriver à s'exprimer.

La chaleur convenable pour que l'Ego puisse réellement fonctionner n'est pas atteinte avant que

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l'intellect individuel ne soit né de l'Intellect Concret du Macrocosme. C'est lorsque l'individu atteint l'âge d'environ 21 ans que naît cet intellect individuel. C'est aussi l'âge minimum requis par la loi pour l'exercice du droit de vote.

Dans l'état actuel de développement de l'homme, celui-ci passe par ces étapes successives dans chaque cycle de vie, d'une naissance à la suivante.

PAGE 152 Tableau 7. Un Cycle de vie


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